Dans Photographie et industrie (1979), Harun Farocki documente la relation paradoxale entre une technique reposant sur la fabrication mécanique d’images et un processus complexe de mécanisation du travail. L’une absorbe le regard humain, l’autre l’exclut. Si l’industrie a rendu le travail invisible, c’est qu’elle l’a simultanément étendu à des échelles incommensurables et divisé en tâches de plus en plus fragmentées. Pour comprendre l’industrie, il faudrait « des photographies aux dimensions industrielles », inaccessibles à des yeux humains. Quelles images et quels récits peuvent aujourd’hui documenter la production industrielle de l’IA ? Quelles cartographies géopolitiques et quelles histoires environnementales les industries extractives des terres rares nécessaires à l’IA dévoilent-elles ? À la suite de Farocki, deux essais vidéos récents de Daphné le Sergent et Emmanuel Van der Auwera nous entraînent en Asie dans les histoires enchevêtrées d’exploitation minière et de néocolonialisme.
Harun Farocki, Industrie et photographie (1979), 44’
Daphné Le Sergent, Silicon Islands and War (2024) 40’
Emmanuel Van der Auwera, White Cloud (2024), 19’