Le trafiquant d'armes Yuri Orlov, campé au milieu d »un champ de bataille, se confie. Immigré ukrainien, sans travail, dans le quartier de Little Odessa à New York, il est amené à vendre une arme. Il découvre ainsi sa voie. Il associe son frère Vitaly à ses douteuses affaires et il finit par prospérer à un échelon international, prenant la tête d'un réseau se nourrissant des massacrants conflits qui couvrent toute la planète. Car à part se nourrir, l'autre besoin élémentaire de l'humain sur Terre est de se faire la guerre. Lui, va étancher cette nécessité en fournissant ses congénères en armes de toutes sortes.
Découvrez le portrait d'un seigneur de guerre qui après la chute du mur de Berlin, se retrouve avec 30 milliards d'armes à vendre illégalement aux terroristes les plus offrants du monde entier.
C'est illégal, c'est immoral, ça tue et handicape des populations entières, et portant ça nourrit des grandes nations productrices d'armements comme la France, le Royaume Uni ou la Chine, pour ne citer qu'eux. Ma note sera de 3,28 sur 5.
Maggy la Courtoise : qui est tout sauf courtoise, elle aime la comédie, les enquêtes spéciales avec beaucoup de suspense, et les films vrais a été déçue.
Je vais être franche : je suis déçue par Lord of War. En m'installant devant ce film, je m'attends à une dénonciation percutante du trafic d'armes et de ses conséquences dramatiques à travers le monde. Je pense découvrir une œuvre qui va me secouer, me faire réfléchir et montrer l'horreur de ce commerce souterrain. Malheureusement, je ressens tout autre chose.
À mes yeux, le film finit par transformer son personnage principal en figure presque fascinante. Au lieu de mettre en lumière les ravages provoqués par ses activités, le récit s'attarde longuement sur son ascension, ses combines et sa réussite. J'ai parfois l'impression d'assister davantage à la démonstration d'un parcours de criminel particulièrement habile qu'à une véritable condamnation de ses actes.
Ce qui m'agace le plus, c'est cette voix off omniprésente. Je la trouve insupportable. Elle commente tout, explique tout, justifie presque tout. À force d'entendre le personnage raconter sa propre histoire avec tant d'assurance et de cynisme, je trouve que le sujet perd de sa force. Au lieu de ressentir l'indignation que devrait susciter un tel trafic, je me sens tenue à distance par ce flot incessant de commentaires.
Je regrette également la place accordée aux personnages féminins. J'ai le sentiment que les femmes sont surtout là pour graviter autour du héros. Elles existent davantage comme éléments de décor ou comme faire-valoir que comme véritables personnages dotés d'une réelle épaisseur. C'est particulièrement frustrant dans un film qui prétend aborder un sujet aussi vaste et aussi grave.
Pourtant, le thème était passionnant et méritait selon moi un traitement plus incisif, plus engagé et moins séduit par son propre anti-héros. J'aime les films qui rentrent dedans, qui prennent le spectateur à la gorge et ne le lâchent plus. Ici, malgré quelques scènes efficaces et un sujet fort, je reste sur ma faim.
Je ressors donc de Lord of War avec le sentiment d'avoir vu un film qui se voulait critique mais qui, à mes yeux, s'attarde trop sur le charme de son trafiquant et pas assez sur les victimes de son commerce. Une occasion manquée.
Charlotte Chapeau Rond et Rouge : Rebelle dans l'âme, critique ciné qui aime le cinéma qui dérange, rajoute :
Je sors de la projection de Lord of War avec ma copine Maggy et une drôle d'impression. J'ai les mains sales. C'est exactement ce que j'attends d'un film qui parle du commerce des armes : qu'il me mette mal à l'aise, qu'il me rappelle que derrière les chiffres, les contrats et les discours diplomatiques, il y a des morts, des guerres et des vies brisées. Ce que j'apprécie avant tout, c'est que le film ose montrer les mécanismes d'un système dont beaucoup préfèrent détourner le regard. Il ne se contente pas de raconter l'histoire d'un trafiquant ; il met en lumière l'hypocrisie générale qui permet à ce commerce de prospérer. Et lorsque les lumières se rallument, j'ai le sentiment d'avoir appris quelque chose. Je ressors un peu moins conne que je ne l'étais en entrant dans la salle, et ce n'est déjà pas si mal.
Mais voilà, tout n'est pas parfait. J'ai parfois l'impression que le réalisateur me prend par la main du début à la fin. Il explique beaucoup, souligne beaucoup, insiste beaucoup. La démonstration est efficace, certes, mais elle manque parfois de confiance dans l'intelligence du spectateur. Certaines scènes ressemblent davantage à un cours illustré qu'à du cinéma.
J'aime les films qui dérangent, qui me bousculent, qui me laissent faire une partie du chemin toute seule. J'aime qu'on me fasse confiance pour comprendre les sous-entendus, pour tirer mes propres conclusions. Ici, le film martèle parfois son propos avec un peu trop d'application.
Cela ne m'empêche pas de reconnaître ses qualités. Le sujet est fort, le regard est acéré et le malaise demeure longtemps après la séance. Mais j'aurais aimé davantage de nuances, davantage de zones d'ombre et moins de panneaux indicateurs placés tous les dix mètres. Au final, je considère Lord of War comme un film utile, intelligent et courageux. Un film qui ose regarder en face un système profondément immoral. Mais aussi un film qui, par moments, semble craindre que son public ne comprenne pas la leçon. Et ça, c'est peut-être le seul reproche que j'ai vraiment envie de lui faire. Parce que les films qui dérangent sont souvent les meilleurs... à condition qu'ils nous laissent penser par nous-mêmes.