"La spécificité d’O.P.J, c'est son lieu de tournage" : pourquoi la série policière ne peut exister qu'à La Réunion
Laetitia Ratane
Laetitia Ratane
-Rédactrice en chef adjointe
Très tôt fascinée par le grand écran et très vite accro au petit, Laetitia grandit aux côtés des héros ciné-séries culte des années 80-90. Elle nourrit son goût des autres au contact des génies du drame psychologique, des pépites du cinéma français et... des journalistes passionnés qu’elle encadre.

France 3 lance ce soir la diffusion de la saison 6 d’O.P.J. Une série policière désormais indissociable de son lieu de tournage : La Réunion. On vous explique pourquoi.

Gwael Desbont - Terence - France Télévisions

Intérieur jour. Décor de commissariat. Échange inspiré entre les comédiens Nathan Delemme et Frédéric Chau : les officiers Jackson Bellerose et Nico Storelli mènent l’enquête. A l’extérieur, le plein soleil. Au sein d’une ancienne école municipale réinvestie pour l’occasion, une équipe technique très concentrée. Silence, moteur, ça tourne… action ! C’est dans ce lieu à part, entre l’effervescence de la ville et le silence de la baie de Saint Paul à La Réunion, que débute le tournage de la saison 7 d’O.P.J.

O.P.J.
O.P.J.
Sortie : 2019-11-11
Série : O.P.J.
Avec Yaëlle Trules, Antoine Stip, Nathan Dellemme
Spectateurs
3,2
Voir sur france.tv

Au même moment, à 10 000 km de là, les téléspectateurs de France 3 s’apprêtent à découvrir les premiers épisodes de la saison 6 inédite, diffusés ce mardi 8 juillet, en prime time. Un timing rodé, prouvant le succès de la série policière qui, malgré la concurrence et le temps qui passe, semble devoir sa longévité à ce qui fait sa spécificité même : ce lieu de tournage idyllique et les conditions humaines et matérielles favorables qu’il promet.

En direct de La Réunion et entre deux prises, la productrice Muriel Alorend (Terence Films) et le directeur de production Alexandre Nerriere, ont accepté de nous livrer les secrets de cette série policière pas comme les autres. Rencontre.

Un ancrage local des intrigues au service de la diversité

“La spécificité d’O.P.J, c'est son territoire, son lieu de tournage”, affirme d’emblée Muriel Alorend. “On offre au public de France Télé un moyen de s'évader grâce à l’ancrage de nos enquêtes à La Réunion. En effet, on fait l'effort à chaque fois, pour chaque enquête que l’on raconte, de s'imprégner de la culture réunionnaise, des Réunionnais, de la diversité des décors, des ethnies, des cultures.”

Une diversité qui s’imprime également au sein de l’équipe entière qui, comme le précise Alexandre Nerriere compte “des auteurs réunionnais et des conseillers qui travaillent dès l’écriture pour affiner les textes de façon à ce qu’on ait cet ancrage réunionnais plus fort. Les auteurs sont à Paris, donc ils écrivent des choses qui parfois ne sont pas forcément liées au territoire. Par exemple, une enquête dans un appartement. Or, on sait qu'à la Réunion, on vit beaucoup plus dehors, dans les varangues, les maisons. Tout cela est alors retravaillé.”

L’île est vraiment traitée comme un personnage à part de la série

“Sans dévoiler tous les secrets de la série, on peut dire qu’il y a une vraie volonté artistique et technique pour mettre l'île en valeur. Avec des plans drones ou des portraits. L'île est vraiment traitée comme un personnage à part, de la série. Ce n’est pas juste un décor.”

Pilotes professionnels pour les voitures, instructeurs pour les tirs d’armes à feu, régleurs cascades permettant de réhausser le niveau attendu, utilisation de drones : l’ambition de la série n’a cessé de grandir, le 2X52 minutes attendu dès ce soir sur France 3 proposant, vous le découvrirez, une multitude de décors, de situations et une dynamique de montage surpassant la plupart des programmes du genre. De même, sur la 7e saison, l’envie de valoriser le territoire est prégnante, avec des séquences d’action prévues un peu partout sur l’île.

David Huitorel

Des équipes locales qui grandissent avec la série

“Notre société de production Terence Films travaille sur ce territoire depuis 15 ans, avec des équipes à 90% locales. Réunionnais ou personnes vivant ici depuis 10 ans. On a su s'approprier La Réunion, on sait ce qu'on peut y faire, on connaît ses forces. Ce sont des équipes jeunes qui sont prêtes à tester de nouvelles choses. Je pense que toute cette dynamique fait qu'on en arrive là”, nous explique Alexandre Nerrière.

Muriel Alorend d’ajouter : “On a trois mantras importants. En premier lieu, la montée en compétence de chaque technicien avec qui l’on travaille depuis 15 ans. On a, par exemple, Victor Euphrasie qui est aujourd'hui notre premier assistant planneur et qui, au départ, a commencé avec nous en tant que stagiaire régie. Marine Hervé, qui est aujourd'hui notre réalisatrice, a commencé assistante caméra. Quentin Armand, qui était stagiaire à la déco est aujourd’hui notre accessoiriste de plateau, un poste-clé, surtout sur une série policière. Il y a une vraie confiance qui est donnée aux techniciens, qui s'approprient aussi ce qu'on fait.”

“Moi le premier, poursuit Alexandre Nerriere, "j'ai fait un BTS production audiovisuelle, je suis arrivé à la Réunion, j'ai commencé en régie. Après j'étais régisseur général, je me suis formé encore en production.” Jusqu’à devenir directeur de production mais aussi producteur exécutif à la Réunion.

Un plateau ouvert qui intègre des jeunes en formation

“Le deuxième mantra”, développe Muriel Alorend, “c’est de continuer à ouvrir les portes de ce tournage à des jeunes qui viennent se former en stage. On a notre équipe technique et à côté de cela, on fait travailler vingt stagiaires qui viennent apprendre des métiers, parce que pour un jeune réunionnais, c'est très compliqué d'avoir accès à un tournage. On s'efforce de faire un plateau ouvert avec deux équipes pour pouvoir donner envie aux jeunes et les former à des métiers qu'ils ne connaissent pas, puis travailler plus tard avec nous.”

Une formation qui permet notamment aux jeunes de l’ILOI (Institut de l’Image de l’Océan Indien) de suivre des stages au sein de l’équipe d’O.P.J, tout au long de leur cursus de formation et de monter en compétences tous les ans, complète Alexandre Nerriere.

“Notre troisième mantra enfin, est que nos techniciens puissent circuler. Marion qui est notre troisième assistante caméra, est réunionnaise et vit en Métropole, elle revient travailler à la Réunion pour O.P.J mais également sur une autre série pour Orange en octobre. C'est une super technicienne. À l'inverse Julien, qui travaille ici en tant que chef opérateur du son, vient de partir pour la Métropole sur l'un de nos tournages. Maintenant, on arrive à faire travailler sur du 6x52 minutes en Métropole des techniciens de la Réunion, ce qui prouve aussi leur capacité professionnelle et le fait qu’ils n’aient rien à envier à des chefs de poste en métropole.”

Des comédiens locaux de talents aux côtés de guests de renom

Outre la brigade récurrente, et les guests de renom invités chaque année, O.P.J fait jouer l’ensemble des autres rôles de la série par des acteurs réunionnais : “C'est un travail qu'on met en place très en amont à chaque saison pour à la fois aller faire du casting sauvage et à la fois pérenniser nos relations avec les comédiens locaux qui sont formidables. On est aussi un plateau qui permet aux comédiens ou aux très jeunes comédiens de venir se former avec nous et d'apprendre ce métier-là aussi.”

Si la sixième saison en diffusion ce soir sur France 3 accueillera côté guests des personnalités comme Bruno Solo (actuellement dans Nouveau jour) ou Sara Mortensen (Astrid et Raphaëlle), la septième ne sera pas en reste. Les populaires Claire Borotra (Face à face), Thierry Godard (Coeurs noirs) et Emma Colberti (Un si grand soleil) entre autres, ont répondu présents, sans doute séduits par l’équipe bienveillante et le cadre accueillant.

Gwael Desbont - Terence - France Télévisions

Une belle évolution de formats et de diffusion

Totalement ancrée dans l’île désormais, la série ne l’a pas toujours été. Sa première saison s’étant tenue en Nouvelle-Calédonie, avant que le COVID ne passe par là. A partir de là, tout a évolué, nous raconte la productrice :

“Je dirais qu'OPJ a quand même un parcours assez particulier puisque on a commencé comme une série pour France Ô et le réseau des Premières en format 50 X 26 minutes, donc c'était vraiment un format de série plutôt feuilletonnante en journée. Au moment de la saison 2, alors qu’on avait commencé à tourner, le territoire calédonien a fermé ses portes et on a dû rapatrier comédiens, techniciens, etc. jusqu'en Métropole.

Pendant toute la phase de Covid, on s’est demandé où on pouvait aller parce que le territoire calédonien restait fermé. Et c’est assez naturellement qu'on est arrivé à la Réunion, parce qu’on avait déjà tourné là-bas plusieurs années avec Cut, qu’on connaissait les techniciens, les gens de la Région qui nous ont vraiment soutenus et qui nous soutiennent encore, la Région étant vraiment un partenaire fidèle, qu'on remercie chaque année pour son aide.

On est arrivé ici en saison 2 avec la volonté de France Télé de tester la série en prime, sachant qu’entre-temps, France Ô a disparu. On a été propulsé sur France 3 en journée d'abord avec 20 épisodes de 52 minutes. On a du retravailler toute la série. Et avec une commande spécifique d'un prime.”

Un premier prime porté par Samir Boitard et le maître du polar Olivier Marchal, qui a fait d'excellentes audiences, et qui a permis ensuite de commander régulièrement des primes, “pour arriver finalement en saison 6 avec un tout prime”. “On a encore une fois remodelé un peu notre format pour arriver à produire 12 primes, donc 6 soirées sur France 3, soit tout l’été en Métropole”, détaille Muriel Alorend.

“C’est assez exceptionnel qu'une série feuilletonnante, de quotidienne, sur France Ô, arrive en prime sur France 3. C'est quand même une belle trajectoire et tout ça c'est grâce, grâce à la Région Réunion, à France Télévisions et surtout grâce à nos techniciens et à la volonté de chacun de s'investir dans cette série. Une vraie famille !”

Une famille qui a vécu ensemble des mariages, des naissances, des décès, et qui a imposé ses membres au sein d’une région aujourd’hui totalement inscrite dans le paysage audiovisuel français. “On pense qu'on y est un petit peu pour quelque chose.” A n’en pas douter.

La Réunion des Cinémas : pourquoi l'île est le meilleur plateau de tournage du monde

En images ce soir sur France 3

La saison 6 de la série policière menée par Yaëlle Trulès (Clarissa Hoarau), Antoine Stip (Gaspard Watson), Nathan Dellemme (Jackson Bellerose), Marielle Karabeu (Kelly Kwaté), Laurent Robert (Liam Pomarès), Mona Claude (Alice Bontemps) et la nouvelle recrue Frédéric Chau (Nico Storelli), sera diffusée en prime time sur France 3 à partir de ce soir, mardi 8 juillet.

Le premier épisode écrit par Eugénie Dard et Juliette Gilot, réalisé par Marine Hervé et Florian Thomas et intitulé “Malgré elle”, verra le commandant Clarissa Hoarau s’interroger sur les raisons du meurtres d’Adèle Meyer (Joséphine Jobert), fondatrice d’une association pour jeunes en difficulté et femme généreuse, sincère, tournée vers les autres. Tout est étrange dans cette affaire, de sa rencontre avec le voisin d’Adèle qui s’avère être par hasard sa nouvelle recrue, le capitaine Nico Storelli (Frédéric Chau) au passé de délinquant de Ruben Meyer (Bruno Solo), le mari et ’infirmier modèle qui travaille dans l’aile où est hospitalisé le commissaire Watson (Antoine Stip), blessé par balle. Cette enquête des plus pesantes va, pourtant, voir naître un joli sentiment…

O.P.J. Saison 6, à partir du mardi 8 juillet à 21.10 sur France 3 et sur france.tv

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