“Ce film contient certaines des meilleures choses que j’ai faites” : sorti il y a 80 ans, c’est l’un des films les plus bouleversants sur la Seconde Guerre mondiale
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Un des premiers films hollywoodiens à mettre en lumière les handicaps physiques et psychologiques des anciens combattants, "Les Plus belles années de notre vie", sorti en 1946, est une oeuvre unique et vraiment bouleversante, A voir absolument.

Par sa durée, son intensité, son échelle planétaire, l'ampleur terrifiante de ses destructions, sa dimension génocidaire et industrielle de ses crimes de masse, la Seconde Guerre mondiale a toujours constitué un terreau fertile pour le cinéma, qui n'en finit pas de puiser abondamment dedans. On ne compte plus - et c'est heureux- la quantité de chefs-d'oeuvre de films de guerre prenant pour cadre ce conflit.

Le cinéma américain s'est logiquement et souvent taillé la part du lion en produisant une quantité industrielle de fictions sur ce conflit. De Raoul Walsh à Howard Hawks, en passant par Fritz Lang, Henry King, Douglas Sirk, Fred Zinneman, John Huston, George Stevens, Lewis Milestone, les cinéastes furent nombreux à contribuer à l'effort de guerre, en mettant en scène des oeuvres qui célèbrent le courage des soldats, la résistance contre les oppresseurs nazis ou japonais, qui saluent les victoires ou évoquent douloureusement les défaites.

L'impossible retour d'hommes meurtris par la guerre

En 1946, l'Amérique voyait chaque jour 35.000 soldats démobilisés revenir au pays. Des hommes profondément marqués par la guerre, parfois abandonnés ou oubliés par des familles devenues au fil du temps amnésiques. Des hommes parfois trompés par leur femme, ne supportant plus l'absence de leurs conjoints partis à la guerre. Des hommes qui découvrent que l'Amérique a continué à vivre sans eux et a même appris à se passer d'eux, éprouvant parfois les pires difficultés à se réinsérer dans une société qu'ils ne comprennent plus.

Cet aspect est le coeur même d'un chef-d'oeuvre signé par William Wyler sorti en 1946 : Les plus belles années de notre vie. S'il n'est techniquement pas vraiment un film de guerre, au sens où on l'entend généralement, il peut malgré tout rentrer dans cette catégorie, puisqu'il parle des conséquences de la guerre sur les individus.

L'histoire est celle de trois hommes, de retour chez eux. Mais le rêve se transforme vite en cauchemar. Le capitaine Fred Derry retrouve son foyer malheureux et n'intéresse plus sa femme ou les employeurs. Le sergent Al Stephenson est un étranger dans une famille qui a grandi sans lui. Et le jeune marin Homer Parrish est tourmenté par la perte de ses mains, remplacées par des crochets. Ces trois hommes trouveront-ils le courage de reconstruire leur vie ? Ou les plus belles années de leur vie sont-elles déjà derrière eux ?

Samuel Goldwyn Films

"Ce film contient certaines des meilleures choses que j'ai faites"

A l'origine de ce film, le producteur Samuel Goldwyn fut frappé par un article du Time, daté du 7 août 1944, qui posait la question du retour des combattants. Il avait alors commandé un sujet à MacKinlay Kantor, en ayant acheté les droits de son livre, Glory For me.

Il eu la lumineuse idée de confier la réalisation du film à William Wyler : correspondant de guerre durant trois ans, ce dernier avait notamment perdu l’audition du côté droit en filmant un bombardement en juin 1944. Sa propre expérience servi inévitablement l’authenticité de la mise en scène, à l’instar d’Harold Russell, acteur non professionnel, qui incarne le second rôle d’Homer Parrish. En l’engageant, William Wyler fait de son personnage un amputé, et non plus un handicapé moteur, comme il était prévu dans le scénario. En effet, Harold Russell était un ancien parachutiste ayant perdu l’usage de ses deux mains durant la Seconde Guerre mondiale.

"Ce film contient certaines des meilleures choses que j'ai faites et, curieusement, ce fut le plus facile à faire" confia Wyler en 1967, dans un entretien mené avec un tout jeune et futur réalisateur Curtis Hanson, pour sa revue Cinema. "Il était consacré à ceux qui, comme moi, revenaient de la guerre. Je savais ce que ressentaient ces gars. J'étais comme Fredric March |NDR : un des acteurs du film].

Je n'étais plus un jeune homme : je n'avais pas de problème à trouver du travail. Mais j'en avais un pour me réhabituer à la vie civile. Je n'étais pas comme Russell, le garçon qui a perdu ses mains, mais j'avais été un peu touché [...]. Je savais ce que c'était que de revenir plus mal que lorsqu'on était parti. Le but du film était de montrer la condition sociale de notre pays, de tous ceux qui ont connu la guerre".

Samuel Goldwyn Films

Le plus grand succès au box-office mondial depuis Autant en emporte le vent

Réalisé pour environ 2 millions de dollars (soit l'équivalent de près de 34 millions de dollars si l'on ajuste à l'inflation) et ayant rapporté plus de 10 millions de dollars sur le marché américain (soit 170 millions $ aujourd'hui), Les Plus Belles Années de notre Vie fut non seulement le film le plus rentable de 1946, mais aussi le film le plus lucratif de la décennie, et même le plus grand succès au box-office mondial depuis Autant en emporte le vent en 1939.

Tout en étant l’un des premiers films hollywoodiens à mettre en lumière les handicaps physiques et psychologiques des anciens combattants, suscitant ainsi la compassion pour les difficultés liées au retour au pays. "Je veux que chaque homme, chaque femme et chaque enfant d'Amérique voient ce film" disait Goldwyn, avant même que le premier tour de manivelle de tournage ne se fasse. Ses voeux seront exhaucés au-delà de ses espérances.

Samuel Goldwyn Films

Couronnée par sept Oscars, dont celui du Meilleur film et du Meilleur acteur dans un second rôle pour Harold Russell -une première pour un acteur non professionnel-, cette oeuvre unique et vraiment bouleversante n'a pas volé son statut de grand classique du cinéma américain.

Si vous n'avez jamais vu ce chef-d'oeuvre, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Et autant vous prévenir, ca ne sera pas forcément évident. En dehors de ses finalement assez rares passages à la TV, Les plus belles années de notre vie n'est disponible que dans un DVD chez nous édité il y a 22 ans, qui reste toutefois encore trouvable.

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