Ce film avec Jean Gabin est allé jusqu'aux Oscars, et ça n'a pas été de tout repos !
Partager cet article

Un film avec Jean Gabin en tête d'affiche a pu se hisser jusqu'à la prestigieuse cérémonie des Oscars. C'était en 1939, et le film s'appelait "La Grande illusion".

Jean Gabin est allé jusqu'aux Oscars ! Du moins l'un de ses films, en l'occurrence La Grande illusion. Mais comment ce film français tourné en France s'est-il retrouvé à concourir à la plus prestigieuse des cérémonies de prix ?

Un succès interdit

Réalisation d'art cinématographique

La Grande illusion se déroule pendant la Première Guerre mondiale. L'avion du lieutenant Maréchal (Gabin) et du capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay) est abattu, et le capitaine von Rauffenstein (Erich von Stroheim) les envoie en camp de travail en Allemagne. Maréchal et Boëldieu ne vont avoir de cesse de chercher à s'évader. C'est alors qu'ils sont envoyés dans un camp isolé et fortifié tenu par von Rauffenstein.

Pour écrire le film avec Charles Spaak, le réalisateur Jean Renoir s'inspire notamment des récits d'évasion du bien réel général Amand Pinsard, qu'il avait rencontré pendant la guerre de 14-18. Le film n'a pu se faire que grâce à la présence au casting de Jean Gabin, sans lequel aucun producteur ne voulait se lancer dans l'aventure.

A sa sortie initiale en France et en Belgique en juin 1937, le film est un succès immédiat, mais pas partout. En pleine montée du nazisme, le message de paix universelle de La Grande illusion passe mal, et il est interdit de diffusion en Allemagne et en Italie. Il sera également interdit durant l'Occupation par le gouvernement de Vichy et ne ressortira qu'en 1946. Voilà pour le contexte tendu.

Mais comment le film s'est-il retrouvé aux Oscars ?

Von Stroheim, Fresnay et Gabin Réalisation d'art cinématographique
Von Stroheim, Fresnay et Gabin

Aux Etats-Unis, La Grande illusion est distribué par la prestigieuse société "World Pictures Corp", spécialisée dans la diffusion de films étrangers sur le sol américain. Le film de Renoir sort le 12 septembre 1938 dans un cinéma art et essai à New York, et c'est le carton plein car La Grande illusion, rappelle le Hollywood Reporter, y reste 27 semaines à l'affiche !

L'intelligentsia commence à y aller et à en parler, la presse locale commence à s'emparer du phénomène. En octobre 38, pour l'anniversaire de son épouse Eleanor, le président des Etats-Unis Franklin Roosevelt fait projeter le film à la Maison-Blanche et déclare : "Tous les démocrates du monde devraient voir ce film".

A partir de décembre 1937, l'Académie acte que le choix des nommés à l'Oscar du Meilleur film (qui s'appelle alors "Production exceptionnelle") devient ouvert à tous les votants (et non plus aux seuls producteurs). la Grande illusion est toujours en salles et continue de faire parler près de six mois après sa sortie américaine. Le bouche à oreille est excellent, les 4000 votants le soutiennent et le film obtient une nomination.

C'est la première fois qu'un film en langue étrangère se retrouve nommé à l'Oscar du Meilleur film.

Qui a gagné ?

Réalisation d'art cinématographique

Il se retrouve cette année-là face à L'Insoumise, Boys Town, La Citadelle, La Folle parade, Les Aventures de Robin des Bois, Pygmalion, Pilote d'essai, Rêves de jeunesse et Vous ne l'emporterez pas avec vous. C'est ce dernier long métrage, porté par Jean Arthur, Lionel Barrymore et James Stewart et réalisé par Frank Capra, qui emporte le prix.

La popularité du film se poursuivra et World Pictures Corp ressortira le film lorsque l'Europe entrera en guerre en septembre 1939, réamorçant la pompe à dollars.

Porté par ce succès outre-atlantique, l'arrivée de Jean Gabin aux Etats-Unis en février 1941, fuyant la France occupée, fait grand bruit. Le studio américain Twentieth Century Fox l'engage immédiatement, et le "Frenchy" y restera jusqu'en avril 1943, date à laquelle il rejoint les Forces françaises combattantes du général de Gaulle. A son retour de la guerre, il connaîtra une longue traversée du désert.

Il se relancera avec un film de gangsters, Touchez pas au grisbi, en 1953.

Corentin Palanchini
Corentin Palanchini
-Chef de rubrique Infotainment
Passionné par le cinéma hollywoodien des années 10 à 70, il suit avec intérêt l’évolution actuelle de l’industrie du 7e Art, et regarde tout ce qui lui passe devant les yeux : comédie française, polar des années 90, Palme d’or oubliée ou films du moment. Et avec le temps qu’il lui reste, des séries.
Sur le même sujet