Les comédies sur les gagnants du loto sont légions mais ne se ressemblent finalement pas.
Après l’hilarant film à sketchs "Heureux Gagnants"( où l’argent était maudit) suivi des navets "A l'ancienne" "Le Million" , "100 Millions" et les abominables "Tuches", voici que le sujet est revenu comme dans "Le roi Soleil" .
Ici on est plus sur le registre de la pièce vaudeville dont il s'inspire mais le film est une réelle bonne surprise! Car malgré les situations et les dialogues rigolos l'histoire donne à réfléchir, par vagues féroces, sur l'atomisation destructrice subie par les liens familiaux face au vertige du pognon de masse . Le point de départ est finalement assez simple : si chacun a forcément des envies, liées à une somme d’argent soudainement acquise, le couple de parents a ici décidé de ne pas y céder et de poser une question simple à leurs 3 enfants : quelle somme vous rendrait heureux ? Chacun va d’abord répondre selon sa situation, sa honte de quémander de l’argent, ses ambitions, qu’elles soient oisives ou entrepreneuriales. Avant que bien entendu la situation ne dégénère en une guerre de tranchée entre enfants et parents, chacun y allant de son petit sadisme, alors que les positions de pouvoir fluctuent.
Avec des dialogues ciselés à l'acide chlorydrique, "Chers Parents" empile au départ des quiproquos dignes de pièces de boulevard (normal, le film est adapté d’un pièce ce théâtre), avant de jouer sur des termes comme « transmettre » ou « équité » au travers de situations qui font en partie ressortir le pire de chacun. Le basculement que constitue la balade à vélo, virant à la course effrénée où la posture d’Arnaud Ducret enfonce le clou côté sur l'aspect gamineries de l'attitude de son personnage, ouvre la voie à de grands moments de comédie questionnant tout de même le rapport nocif à l’argent, la capacité à rêver encore, et bien sûr l’honnêteté. Rapidement on se prend d’affection pour les personnages, des parents goguenards (André Dussollier semble particulièrement s’amuser), aux enfants, qu’il s’agisse de Louise dite Loulou, jouée par Pauline Clément, toujours prête à être conciliante ou à faire plaisir mais seule (« seul Jean Pierre - son chat - laisse des poils dans (son) lit » !), de Jules, critique sans le sou peinant à s’affirmer ou faire preuve de courage, interprété par Thomas Solivères, ou de Pierre, ainé grande gueule à l’esprit de requin, joué par un Arnaud Ducret inspiré. Avec une fin à l’ironie sympathique, mais un message de fond plutôt éclairé sur la manière dont l’argent rend fou mais peut aussi changer des vies,
J'ai beaucoup aimé même si la fin est un peu ....surprenante !