Naissance d’un honnête homme
Tout est réuni par Eric Besnard pour faire de son drame historique un vrai grand film. Une mise en scène somptueuse, - éclairages, costumes accessoires, paysages, etc. -, une idée plus qu’originale pour renouveler - et approfondir -, le mythe d’un des héros les plus célèbres de la littérature française, et un casting qui touche à la perfection – j’y reviendrai -. Alors pour quoi ces 98 minutes ne m’ont-elles pas convaincu ? 1815. Jean Valjean sort du bagne, brisé, rejeté de tous. Errant sans but, il trouve refuge chez un homme d’Église, sa sœur et leur servante. Face à cette main tendue, Jean Valjean vacille et, dans cette nuit suspendue, devra choisir qui il veut devenir. Sans doute attendais-je trop de ce film ? Mais les dialogues trop écrits et des scènes déprimantes qui pèsent parfois des tonnes, empêchent le projet d’épouser pleinement les combats philosophiques du grand Hugo et peinent à nous mener sur le chemin tortueux de la lumière. Du grand cinéma pour moi inabouti.
Grand admirateur de Victor Hugo, - et des Misérables en particulier -, à une époque, notre cinéaste a même eu l’idée d’une série dont chaque épisode aurait été un biopic sur chacun des personnages principaux du roman. D’où cette espèce de monographie du Jean Valjean originel. Mais pourquoi ce trop plein de voix-off ? Pourquoi cette pesanteur qui se veut illustrative mais qui sent l’artificiel et on sent Besnard comme prisonnier de sa propre déférence envers le roman. Pourtant il n’est jamais aussi à l’aise que dans le « film en costumes » - Louise Violet ou Délicieux. Ici, face à Hugo, il s’est installé dans un classicisme confortable te, en se concentrant sur la rencontre Valjean – Myriel, il met à distance les développements sociaux et politiques qui irriguent l’ensemble du roman. En ne cherchant ni l’amplitude du roman ni la réinvention spectaculaire, j’ai la désagréable impression que ce drame passe à côté de son vrai sujet.
Comme je l’ai dit, Eric Besnard s’est entouré d’un quatuor XXL, qui, de plus, fait partie de ses fidèles. A commencer par l’immense Grégory Gadebois qui a perdu près de trente kilos en seulement quelques mois pour incarner avec la force et la conviction qu’on lui connaît ce magnifique personnage. Bernard Campan est d’une subtilité remarquable dans le rôle du prêtre et les deux femmes de l’histoire, Isabelle Carré et Alexandra Lamy, sont parfaites également. Il manque malgré tout ce qu’il aurait fallu de souffle romanesque pour qu’une véritable émotion finisse par nous toucher. Ce film n’est ni honteux ni même raté, mais il m’a laissé sur ma faim.