Etre ou ne pas être sur scène.
Auréolé de 4 prix (dont le Prix du Jury et le Prix Spécial du Jury) au dernier Festival de l'Alpe d'Huez, ce premier long-métrage signé par le duo Martin Darondeau et Bertrand Usclat nous plonge au cœur de la plus célèbre institution théâtrale de France, et ce en nous déroulant les dernières heures qui précèdent la première représentation de la première mise en scène de Nina, sociétaire de la Comédie-Française. Et forcément, tout ne se passera pas comme prévu.
Vendu comme la comédie de l'année, un film qui, à ma grande surprise, ne m'a pas autant convaincu et embarqué que je pouvais l'espérer, et ce malgré des qualités assez évidentes.
Une production en mode (quasi) huis clos, qui a le mérite de lever le rideau sur une Comédie-Française que l'on ne connaît soit que de nom, soit en tant que spectateur ayant déjà assisté à l'une de ses représentations, puisant dans le répertoire classique comme contemporain.
Et un casting composé exclusivement de membres de la troupe de la Comédie-Française, venant un peu plus brouiller la frontière entre réalité et fiction et apporter plus d'authenticité à l'ensemble.
Alors pourquoi ce film (tourné en seulement 3 semaines), cette histoire de création et de passion, d’ego et de collectif, d'ombre et de lumière, de traditions et de superstitions, mélange d'hommage et de dérision, n'a finalement pas autant marché sur moi que sur mes voisins lors de cette projection en avant-première ?
Alors oui, j'ai pu sourire à plusieurs reprises, voire rire franchement à quelques situations cocasses et dialogues bien trouvés ("Ça te dit un plan à trois ? Toi, moi et une italienne." / "-Je prends un temps. -C'est plus un temps là, c'est un entracte"), et je n'ai quasiment pas vu le temps passer devant ces 75mn de métrage bien rythmé.
Un film qui, de par sa dynamique (et sa musicalité batteriesque), vient clairement lorgner du côté d'un certain «Birdman», mais avec une identité plus française, forcément.
Un film qui m'a forcément parlé en tant que comédien, ayant déjà plus ou moins vécu la majorité de ces rebondissements en coulisses par le passé.
Un film auquel j'ai donc pu me connecter naturellement, mais qui paradoxalement manquait à mes yeux de ce grain de folie supplémentaire, de ce cheminement plus imprévisible pour en faire une grande comédie.
Une bonne partie des situations qui ont lieu durant ces heures qui précèdent la représentation s'avèrent un peu trop attendues, un peu trop classiques à mon goût pour vraiment me surprendre (le fait d'avoir développé il y a quelques années un scénario de court-métrage à l'histoire et au décor similaires et d'avoir poussé les potards plus à fond en terme de rebondissements a aussi dû jouer dans ce ressenti-là).
Dans un genre similaire, le récent «Edmond» m'avait plus accroché.
Tout (ou presque) est à sa place, un peu trop sans doute. C'est quand le film se permet quelques virages inattendus qu'il en devient le plus surprenant et le plus drôle.
Quant à sa distribution, pourtant de qualité, celle-ci m'a également laissé des ressentis divergents :
d'un côté, Sefa Yeboah (dont le jeu sonnait un peu trop forcé une partie du film) et Adeline d'Hermy (dont l'écriture de l'actrice toujours à côté de la plaque n'a pas pris sur moi) ; de l'autre, Pauline Clément (portant ce film et cette troupe avec une énergie communicative, malgré les obstacles), et surtout Laurent Stocker (un acteur à l'ego surdimensionné, qui va progressivement s'avérer plus humain et touchant dans ses failles) et Benjamin Lavernhe (qui hérite d'un rôle (que je ne dévoilerai pas ici) à la hauteur de son talent).
Bref, une course contre la montre bien plaisante à suivre malgré un déroulé un peu trop balisé, et nous dévoilant les nombreux problèmes qui font la magie des premières.
Un beau petit hommage au spectacle vivant et à l'esprit collectif ("Si je n'avais pas confiance en moi, j'avais confiance en ma troupe"), qui devrait ravir les non-initiés et ceux qui sont curieux de voir ce qu'il se passe en coulisses, avant que les rideaux ne se lèvent.
Une comédie française assez pertinente et fédératrice, et rappelant que quoi qu'il arrive, il faut donner au public ce pour quoi il est venu, il faut jouer.
Un film bien sympathique et rythmé, mais où mon ressenti de comédien a forcément joué un rôle durant la projection, que j'aurai voulu plus aimer.
À vous de vous faire votre avis à partir du 22 juillet. Et MERDE ! 6,5-7/10.