En 1953, sortait un film incroyablement efficace, intense et original : « Le Salaire de la peur » de H-G Clouzot, une profondeur des personnages forte et une Palme d'Or.
« Sorcerer » reprend également le roman de Georges Arnaud. William Friedkin à la real, celui-ci creuse dans la vie de l'écrivain, le livre étant dédié par l'auteur à son père. Et va plus loin à la fois dans le concept même de l'angoisse d'un tel périple
(transporter des caisses de nitroglycerin en camions sans âge à travers la jungle, sur plus de 300km)
, dans la profondeur des personnages, et dans la matière, le contexte. Non pl
us tourné en Provence, cette fois-ci le tournage se déroule en République Dominicaine. Et quel tournage ! Entre autres la célèbre scène de la passerelle qui nécessita 3 mois ou encore l'épidémie de paludisme parmi l'équipe technique.
C'est l'un de ces rares remakes qui égalent, voire surpassent l'original. On plonge radicalement dans l'histoire car tout ici est sensoriel, palpable, olfactif et ultra documenté. Cette immersion est facilitée par une photographie superbe, des décors réels à la fois sauvages et authentiques : une utilisation de lieux réels qui frôle le documentaire. Le film empeste la graisse, la sueur et la testostérone.
Steve McQueen, qui venait de se marier, a finalement refusé le rôle de Roy Scheider, ne voulant pas retourner tourner dans la jungle après le tournage colossal de « Papillon », et imposant sa nouvelle compagne dans le casting. Et on se demande s'il ne fut pas préférable pour l'authenticité revendiquée du film, qu'il n'y ait pas eu de grande star non plus. Roy Scheider n'était cependant pas un inconnu, ayant joué auparavant dans "The French Connection" 71, "Les Dents de la mer" 74, "Marathon Man" 76. Bruno Crémer (superbe), Francisco Rabal et Amidou sont immenses.
Au-delà des 4 protagonistes, les camions sont aussi de véritables personnages du film, impressionnants, vibrants, ils marquent le spectateur, rappelant « Duel » de Spielberg, sorti peu de temps auparavant.
"Sorcerer" est un grand film, comme on en fait plus et on n'en faisait pas non plus beaucoup à l'époque, tout en prises réelles, cherchant l'immersion, en évitant les grands studios. Intense, avec une histoire de production folle et mouvementée, pleine de rebondissements.
Le film est aussi une critique ouverte de la politique étrangère américaine, ... et un échec au box-office. Pas de grande star donc et aussi et surtout, la sortie de "Star Wars : A new hope" une semaine plus tôt.
Un chef-d'œuvre de William Friedkin à (re)découvrir, incontournable pour tout bon cinéphile.