Double dose de Will Smith, mais à moitié convaincante
Gemini Man part d’un concept alléchant sur le papier : un tueur à gages vieillissant face à son double rajeuni, reflet numérique de lui-même, programmé pour le traquer. Conflit générationnel, confrontation identitaire, combat physique et psychologique… tout semblait réuni pour un thriller de science-fiction musclé et vertigineux. Hélas, si l’ambition technique est réelle, le résultat reste inégal.
Réalisé par Ang Lee, cinéaste pourtant capable de grandes choses (Tigre et Dragon, L’Odyssée de Pi), le film se perd entre démonstration technologique et scénario trop mince. Le rajeunissement numérique de Will Smith — impressionnant par moments — devient rapidement le seul vrai moteur du film, au détriment d’un récit qui manque cruellement de tension dramatique. Le concept du double aurait pu ouvrir des pistes passionnantes sur l’identité, le libre arbitre, ou la déshumanisation dans les conflits modernes… mais ces thématiques restent à l’état d’ébauche.
Côté mise en scène, Ang Lee opte pour une fluidité extrême, avec des scènes d’action tournées en haute fréquence (120 images/seconde), censées apporter une netteté inédite. Le résultat divise : si certaines séquences sont visuellement bluffantes, l’ensemble manque paradoxalement d’âme, comme aseptisé. Les affrontements manquent d’impact émotionnel, malgré des chorégraphies efficaces.
Will Smith fait ce qu’il peut avec un script prévisible, jonglant entre sa version mature et son alter ego numérique. Il livre une performance honnête, mais bridée par l’écriture fonctionnelle des personnages. Les seconds rôles, bien que compétents (notamment Mary Elizabeth Winstead), peinent à exister.
Gemini Man ressemble à une vitrine technologique plus qu’à un véritable film de cinéma. Si l’expérience visuelle intrigue, elle ne suffit pas à masquer un fond trop creux. Un blockbuster frustrant, qui donne l’impression de voir deux Will Smith pour un demi-scénario.