My Neighbor Totoro de Hayao Miyazaki semble d’une simplicité extrême : deux sœurs, Satsuki et Mei, s’installent à la campagne pendant que leur mère est hospitalisée et découvrent peu à peu, au pied d’un arbre gigantesque, une créature placide au sourire immense appelée Totoro. À partir de cette situation minimale, la mise en scène adopte naturellement la perception des enfants, où imagination et réalité ne s’opposent jamais mais coexistent sans friction. Les esprits surgissent alors du paysage comme s’ils en avaient toujours fait partie, et le film épouse ce regard immédiat qui ne cherche pas à expliquer l’étrange mais simplement à l’accueillir. De là naît la forme très particulière du récit : plutôt qu’une intrigue dirigée vers un but précis, le film avance par une succession de moments ordinaires (explorer une maison, marcher dans les champs, attendre un bus sous la pluie) jusqu’à ce que, par la seule attention portée aux gestes et aux sensations, l’animation transforme peu à peu le banal en véritable expérience sensorielle.
Ce mouvement fait progressivement de la nature le véritable cœur du film. Les champs, le vent dans les feuilles, la profondeur des forêts ou encore le bruit de la pluie composent un univers vibrant où Totoro apparaît moins comme une apparition fantastique que comme une présence organique du paysage. Pourtant, sous cette douceur affleure l’absence de la mère, la peur de perdre Mei, et avec elle l’angoisse propre à l’enfance. Dans cet espace, le merveilleux ne vient pas nier la peur ; il offre plutôt un lieu où elle peut être traversée.
C’est peut-être là que réside la singularité durable de My Neighbor Totoro. Le film ne propose pas une fuite dans l’imaginaire mais suggère que le merveilleux existe déjà dans le monde, à condition d’adopter le rythme et l’attention propre à l’enfance. Si Totoro est devenu une icône du cinéma d’animation, ce n’est pas seulement pour sa silhouette rassurante. C’est parce que Miyazaki rappelle que la magie n’a pas besoin d’être inventée : il suffit parfois de ralentir, d’écouter la pluie tomber… et d’accepter qu’un esprit de la forêt (et pourquoi pas celui de la ville) puisse attendre le bus avec nous.