Une nuit en enfer, c’est tout à fait le genre de film qu’on adore ou qu’on déteste. Véritable représentant du cinéma grindhouse, il assume pleinement son esthétique délirante, sa violence outrancière et son humour douteux — et il le fait avec une telle énergie et une telle sincérité que son culot en devient presque admirable.
Le film commence comme un polar plutôt bien mené, sombre et tendu, avant de virer complètement sa cuti sans la moindre transition. Gore, sexe, violence, dégueulasseries... il ne fait pas dans la dentelle, et il ne s’en excuse pas. Ce changement de registre radical, en plein cœur d’un délire de série B, était franchement casse-gueule — mais Robert Rodriguez sait ce qu’il fait. Il garde la main, s’amuse comme un gosse, et livre un film généreux et sans complexe. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais c’est un excellent film de genre, sincère dans sa folie.
George Clooney étonne en bad guy froid mais charismatique, et Tarantino, fidèle à lui-même, campe un psychopathe franchement malaisant. Le duo fonctionne, contre toute attente, et apporte une dynamique originale et plutôt efficace. Et quand un pasteur en perte de foi et ses enfants rejoignent l’équipe, on assiste à des échanges étranges, drôles, absurdes, et parfois même, bizarrement, touchants.
Bien sûr, tout n’est pas finement écrit — certains personnages sont sacrifiés sur l’autel du grand n’importe quoi (RIP Sex Machine) — mais malgré tout, leurs interactions, mêlées à la rupture de ton et à l’urgence du carnage vampirique, finissent par rendre cette bande improbable presque attachante. Même Seth Gecko (George Clooney), pourtant détestable au départ, dévoile son humanité à mesure que le chaos progresse.
Entre deux gags douteux et un vampire qui fond, on finit vraiment par se demander comment les personnages vont s’en sortir.
Et le film parvient même à créer un semblant d’univers, au milieu de ce cirque fait de gélatine verte et de déguisements bon marché. Le Titty Twister, bar de bikers perdu en plein désert mexicain, devient presque un lieu culte à lui tout seul : une sorte de porte vers l’enfer déguisée en club cheap. Le film esquisse même une petite mythologie vampirique originale, qui donne envie d’en savoir plus.
Bref, si vous n’aimez pas la violence et — soyons honnêtes — le mauvais goût assumé, ce film n'est pas fait pour vous. Mais si vous aimez les délires débridés, les films où un auteur s’éclate, et les ambiances qui sentent bon le cinéma d'horreur des années 80 : Une nuit en enfer, c’est tout un programme.
Ce n’est pas le genre de film que je consommerais tous les jours... mais je me suis franchement bien amusée.