Le sujet traité est vraiment osé : parler de la maltraitance de l’enfance est un contexte très réaliste. Mais si on ajoute à ça
que ça va jusqu’à évoquer le vi*l
, ça devient plus glaçant et l’impact devient énorme. Voilà ce qui souligne le côté thriller du film, un sujet comme celui-ci ne peut être mis de côté, notamment quand on sait que l’auteur du livre original s’en serait inspiré, sans confirmation des faits. La première partie se passe durant l’enfance de nos héros et ils sont rapidement attachants : on apprend leurs vies, la vie à Hell’s Kitchen (et j’admets avoir beaucoup penser à Daredevil). Le quartier paraît d’ailleurs bien vivant car on passe du temps avec certains habitants (de haut rang ou pas). La seconde moitié part dans une autre direction et si je la trouve moins prenante, ça reste néanmoins intrigante car on souhaite que les coupables soient arrêtés et punis.
Mike, Lorenzo, Tom et John portent le film sur leurs épaules et autant dire que leurs interprètes, qu’ils soient enfants ou adultes, parviennent à retranscrire toute la frustration acquis après de tels événements (pas besoin de n’être que Brad Pitt, pour se faire une place). Parmi les autres membres, Robert De Niro nous offre un de ses plus beaux rôles : le père Bobby s’avère être immédiatement sympathique et on sent qu’il a des failles, mais qu’il fera tout pour sauver les enfants. Kevin Bacon sait jouer les méchants, faisant de Knox un personnage détestable. Et si le jeu de Dustin Hoffman peut paraître bizarre au premier abord, il s’avérera finalement être doué pour jouer les personnages perdus, mais impliqués. Petit regret pour Carol, que je trouve un peu en retrait.
Barry Levinson retranscrit le malaise omniprésent et le renforce avec des flash-backs et autres idées de mises-en-scène. Il varie entre des plans fixes ou ralentis et des plans débullés ou déformant l’image. L’autre atout pour imposer le suspense est la musique : John Williams insuffle toute cette tension en signant une bande-originale … originale, avec des sons stridents et une mélancolie comme il sait très bien les faire. La direction artistique, que ce soient la ville, le centre ou le tribunal, est criant de réalisme et on se sent immergé.
"Sleepers" est clairement un film sombre qui n’y va pas de mains mortes en évoquant un sujet lourd à porter et dont son titre est d’une complexité qui peut avoir plusieurs sens pour être interprété. La réalisation est superbe, le casting attachant (sauf pour Bacon évidemment) et la musique est stridente, tous nous font ressentir un malaise pour qu’on se sente impliqué dans l’histoire.