La vie si riche et tourmentée de Bobby Fischer aurait mérité mieux que ce biopic très convenu et académique… En effet, le film se contente simplement d’empiler les scènes biographiques, les unes après les autres, sans parvenir à donner du corps à son sujet. Les scènes d’enfance sont en cela assez symptomatiques, puisque celle de Fischer a été « relativement » normale, en tout cas comparée au reste de sa vie, et on assiste donc une fois de plus au récit de l’ascension prodigieuse, réelle certes, mais terriblement convenue tant on sait d’avance ce qui va se dérouler à la scène suivante, et qui aurait pu bénéficier d’autres angles plus intéressants. Les enjeux se corsent avec la Guerre Froide et le récit du championnat du monde de 1972, où Fischer affronte son rival soviétique Boris Spassky, mais là encore, tout est superficiel, on ne rentre jamais vraiment dans l’intimité du personnage, tout est survolé : paranoïa, conflit international, personnalité… mais surtout le jeu lui-même ! Parce que oui, ce qui fait de ce biopic juste une simple brique de plus dans le genre, c’est aussi qu’on pourrait remplacer les échecs par le cricket, le golf ou le waterpolo sans que ça ne change rien à la mise en scène des parties ! On ne voit rien du jeu de Fischer, probablement par peur que le public ne comprenne pas, mais je préfère encore qu’on me montre le génie à l’œuvre sans que je comprenne plutôt qu’on me le cache. Les coups sont à peine montrés une ou deux fois dans le film, sinon ça se résume à savoir contre qui il va jouer, et une minute plus tard, savoir qui a gagné. Au début pourtant, Zwick tente de nous montrer les combinaisons infinies du jeu par des effets de flèches et de déplacements sur l’échiquier, mais il abandonne très vite, et au final, on ne voit rien. C’est fort dommage, et au final, cette écriture peureuse, voire même franchement paresseuse, dessert tout le film car on ne comprendra jamais vraiment à quoi tient le génie de Fischer, en tout cas par rapport à ses adversaires. D’ailleurs, à ce titre, le portrait de Spassky, disparu il y a tout juste quelques jours, en simple « ennemi » soviétique me semble franchement caricatural, d’autant qu’il était apparemment quelqu’un de très sympathique et humble dans la vie, ce qui n’est là encore pas montré dans le film, sauf peut-être dans une scène vers la fin… Mais là encore, tout est accéléré, « rushé » à l’extrême, et le film se termine sans jamais vraiment avoir commencé, d’autant qu’il est dommage que le film élude totalement la seconde moitié de la vie de Fischer, très trouble, et qui aurait selon moi mérité un peu plus qu’un simple carton, ainsi que les innombrables avancées de Fischer dans le monde des échecs, encore une fois pas abordées. Si le film a le mérite de bénéficier d’une bonne interprétation, Tobey Maguire en tête, il ne tient donc pas ses promesses, et c’est fort dommage, tant le sujet était véritablement prometteur. Après bien sûr, cela se regarde tout de même et beaucoup y trouvent leur compte visiblement, mais personnellement, je reste déçu et notamment dans la représentation si faible des échecs. Il paraît que Zwick est passionné d’échecs pourtant. Sans blagues… Il paraît aussi que Scorsese déteste la boxe, mais quand je regarde « Raging Bull », j’ai plus envie de monter sur le ring que de me mettre derrière l’échiquier après « Le Prodige ». Comme quoi…