Les portes de l'Enfer s'ouvrent-elles vraiment sur simple demande ?
Vu aujourd'hui et carrément apprécié, je rédige ma critique 25 ans après la sortie (il n'est jamais trop tard).
La Neuvième porte nous emmène dans les univers croisés de la bibliophilie et de l'ésotérisme, sur la trace du diable.
Johnny Depp incarne Corso, un marchand de livres peu scrupuleux. L'un de ses gros clients lui demande d'enquêter sur un livre dédié au Malin, édité en 1666, et dont il ne reste que 3 exemplaires au monde. Il suspecte que l'un des exemplaires soit véridique et il a besoin de savoir lequel lui permettra d'ouvrir la 9ème porte, qui, semble-t-il, mène en Enfer.
Voilà le marchand de livres embourbé dans une spirale dangereuse et meurtrière, car son enquête aux États-Unis, en Espagne et en France le conduira sur la trace de satanistes, fanatiques bien décidés à en découdre et autres dangers.
Le film est construit en 9 tableaux, qui imitent chacun l'une des illustrations des 9 portes. En forme de thriller bien rythmé, on ne s'ennuie pas. Si certains éléments ont mal vieilli
(les cadavres peu réalistes et certains effets spéciaux, notamment la démone volante et ses pupilles vertes)
, le jeu de Johnny Depp est excellent et n'a pas pris une ride. Et Emmanuelle Seigner, pas incroyable par ailleurs à mon humble avis, livre probablement l'une de ses meilleures performances en tant que comédienne.
Maintenant, mon interprétation de ce film très mystérieux et ouvert.
Au départ, j'ai cru qu'E. Seigner était le diable personnifié. Maintenant, je pense qu'elle est plutôt son émissaire qui "sélectionne" Corso pour son manque de morale, son appât du gain et sa capacité à tuer (elle lui dit : "C'était en toi") et qui s'emploie, à le séduire méthodiquement pour paver son chemin vers le diable. Elle semble être soit la prostituée de Babylone, soit une démone, qui scelle le pacte avec le diable en "consommant" avec Corso.
Cette scène finale avant l'épilogue de l'ouverture de la porte (qui à mon sens importe moins) est carrément magistrale. Copiée de la dernière illustration qui représente une femme chevauchant quelqu'un, elle met en scène Corso chevauché par la belle. La plongée / contre plongée sur les 2 visages est saisissante : on voit passer sur le visage de la femme de l'extase, de la cruauté, méchanceté : elle est à la fois superbe et flippante, avec ses pupilles qui verdoient. Corso en dessous d'elle passe par le plaisir, la surprise, la peur, etc. C'est une scène vraiment charnière et marquante.
Les internautes râlent en arguant que la fin ouverte fait perdre de l'intérêt au film. Personnellement,
je dirais que la fin est fermée, que l'entrée de Corso en enfer est actée lors de la scène d'étreinte et que l'épilogue, où il trouve le dernier feuillet authentique et s'engouffre dans la porte de lumière, n'est que la concrétisation de la séduction méthodique du malin sur lui.
Carrément intriguant, inquiétant et créatif. A voir !