"La Grande Beauté". Bien qu'on pouvait en deviner la traduction au préalable, la Grande Bellezza n'est mentionnée (et donc traduite en VOST) qu'à la toute fin du film. Et sa seule mention apporte une lueur nouvelle, inexplicable, à l'ensemble. On comprend d'un coup que tous les fantasmes, rêveries, pensées du héros Jep Gambardella tendent vers un seul et même but: trouver la grande beauté.
Ceci cerné, on peut goûter à la formidable réalisation de Pablo Sorrentino. L'idée de départ est belle. Mais encore fallait-il la mettre en image! Et c'est fait avec une subtilité remarquable. On est d'emblée lancés dans le bain de la mondanité romaine avec une soirée endiablée en guise de première scène. Le rythme est donné. Toutes les scènes seront filmées avec la même énergie et secondées par la même sublime variée BO; de façon à ne jamais lasser le spectateur. Jep Gambardella est un authentique artiste dans l'âme. Si ses activités mondaines ne le montrent pas du tout, c'est un être à la sensibilité hautement aiguisée. Et ça, Sorrentino ne voulait pas l'oublier. Il en fait même le fil rouge de l'intrigue. On vogue au gré des rêveries de romancier de Jep. Regard cynique sur le monde qui l'entoure et sur la vacuité (nécessaire à l'oubli de soi selon lui) des liens qu'il crée avec ses proches, sur sa vie et sur ce qu'il a fait de celle-ci (en témoigne son émotion quand il regarde les quelques milliers de photos accrochées au mur de l'exposition), mais en même temps regard d'enfant sur la beauté de Rome, de la nature, de la femme. La prééminence du corps religieux dans le film est un autre point intéressant. N'est-ce pas l'opposition entre la quête du poète et la quête de l'homme d'église qui est ici mise en lumière? Entre la recherche de la beauté subjective, une beauté qui n'apparaît que "fugitivement" ( cf. le magnifique monologue de fin de Jep) en une vie, et la recherche de la beauté objective, la seule et unique beauté qui vaille et qui est, elle, en permanence à portée d'intelligibilité (à condition de s'oublier dans la pauvreté cf. le monologue de la soeur sainte, à opposer au discours de Jep donc) : Dieu?
Il dit à la fin qu'il attendait de découvrir la Grande Beauté pour se remettre à l'écriture. On apprend qu'il s'y remet dans son monologue de fin, et ce sur les images de la beauté qu'il n'aura finalement qu'aperçue au cours de sa vie: C'était un soir, dans sa jeunesse, où son amour s'est dénudée, baignée par la poussière de lune flottante et par les rayons balbutiants du phare, derrière. Une magnifique scène, pour clôturer un film réussi dans sa poésie mais inévitablement brouillon dans son approche.
En même temps, comment donner une ligne claire à de telles envolées oniriques?