Les 4 Fantastiques : Premiers pas débarque comme une bouffée d’air frais dans le paysage cramé du MCU. Fini l’énième origin story : l’équipe existe déjà, soudée, installée dans une Baxter Tower rétrofuturiste sur une Terre alternative (Terre-828). Ce changement de décor offre une vraie singularité esthétique, entre architecture rétrofuturiste et clins d’œil assumés à l’univers de Jack Kirby.
Le film s’ouvre sur une introduction brève mais efficace : quelques minutes suffisent pour nous situer dans ce monde et nous rappeler que ces héros ont déjà un vécu. Une approche pertinente, qui tranche avec les précédentes versions et permet de plonger directement dans une intrigue plus intime, plus posée.
Pedro Pascal et Vanessa Kirby brillent particulièrement. Pascal incarne un Reed Richards inquiet, méthodique, mais profondément humain. Kirby, quant à elle, s’éloigne enfin de l’image de la "dame invisible" passive pour offrir une Sue Storm active, déterminée, et marquée par un instinct maternel puissant. L’enjeu autour de Franklin crée une vraie tension émotionnelle, et leur relation devient l’un des moteurs les plus intéressants du récit.
Joseph Quinn surprend dans le rôle de Johnny Storm. Il conserve le tempérament impulsif du personnage, mais sans sombrer dans la caricature. On le découvre aussi drôle que lucide, plus utile qu’attendu. Ben Grimm, interprété par Ebon Moss-Bachrach, est plus discret. Son arc dramatique est esquissé mais manque d’espace, même si ses scènes apportent un regard touchant sur l’isolement et la résilience.
La dynamique du groupe fonctionne remarquablement bien, et même le petit robot Herbie trouve sa place sans jamais alourdir le récit. Cette alchimie permet au film d’exister sur un registre plus émotionnel que purement spectaculaire.
Le sommet du film reste sa séquence spatiale, lorsque les héros tentent de négocier avec Galactus à travers un trou noir. Une scène ambitieuse, tendue, presque lyrique. L’imaginaire pulp y reprend ses droits, dans une veine plus science-fiction que super-héros. Dommage que la confrontation finale avec Galactus manque de souffle narratif : tout semble précipité, là où un développement plus progressif aurait renforcé l’impact dramatique.
D’ailleurs, il est évident qu’il manque des séquences. Certaines scènes semblent avoir été coupées au montage, ce qui donne parfois une impression de précipitation dans la narration ou de rupture dans le rythme. Une version longue serait franchement bienvenue. Elle permettrait sans doute de mieux respirer entre les enjeux cosmiques et les instants plus personnels.
Michael Giacchino livre une partition musicale solide, avec un thème principal efficace. Toutefois, il manque peut-être cette dimension cosmique et poignante que John Ottman avait su insuffler au thème du Surfeur d’Argent en 2007. Julia Garner, dans le rôle de cette nouvelle itération du Silver Surfer, est convaincante, mais trop peu exploitée.
Visuellement, le film alterne entre le très beau et le franchement raté. Certains plans spatiaux, Galactus ou le Surfeur sont bluffants, mais d’autres séquences (notamment celles avec le bébé Franklin) tombent dans le mauvais goût numérique. Le CGI de la Torche Humaine paraît quant à lui dépassé, trop figé, là où un effet plus organique aurait été bienvenu.
Un autre point fort du film réside dans ses nombreuses références aux précédentes adaptations. On y retrouve des clins d’œil bienvenus aux versions de 2005, 2007 et même 2015, notamment dans la façon dont la téléportation ou certains points scénaristiques sont abordés. Des caméos issus du film non sorti de Roger Corman font aussi leur apparition, et ajoutent une couche méta réjouissante pour les fans de longue date. Franchement, j’ai beaucoup aimé ces hommages discrets, mais efficaces.
Enfin, un point très appréciable : le ton du film. Contrairement à la plupart des productions Marvel récentes, le récit n’est pas sans cesse miné par l’humour. L’ambiance est grave, pesante, avec des enjeux qui prennent le temps de s’installer. L’humour, quand il existe, vient naturellement des personnages, sans jamais saboter l’émotion ou la tension dramatique.
En résumé
Un film imparfait, mais profondément sincère. Matt Shakman réussit à ramener les 4 Fantastiques à ce qu’ils sont : une famille de scientifiques unis face à l’inconnu. Le film ne bouleverse pas l’univers Marvel, mais il lui redonne un peu d’âme, de cœur et d’élan. Le MCU avance dans la bonne direction… même s’il a encore beaucoup à reconstruire.
Et franchement, si Matt Shakman se lance dans une trilogie avec ces personnages, je suis complètement hyper. Il y a là un vrai potentiel, une vraie vision, et surtout une compréhension sincère de ce que représente cette équipe. J’espère simplement qu’il pourra aller encore plus loin dans la mise en scène, oser davantage, explorer plus en profondeur les tensions, les pouvoirs et l’échelle cosmique. Ce premier pas donne envie d’un vrai voyage. Et cette fois, je veux en voir plus.