Il est vrai qu'avec le temps, "Le Cercle Rouge" a perdu de sa vigueur d'antan. L'obsession formelle et la froideur de Melville ont tendance à fatiguer, et le scénario est trop peu rythmé pour qu'on y soit pleinement impliqué. Malgré cela, on reste toujours admiratif de la manière dont ce grand cinéaste a su importer les codes du film noir américain, et les transposer en France, pour créer son propre univers, qui aura tant d'influence par la suite sur des cinéastes comme Mann, ou Nolan plus récemment. La tension est constante, les dialogues sont tranchants, les personnages sont dangereux. Les interprètes sont excellents : Delon, Périer, Volonté (sous-exploité tout de même) mais surtout Bourvil et Yves Montand, tous deux magnifiques dans des rôles à contre-emploi, l'un en flic dur et mystérieux, l'autre en tireur d'élite alcoolique, ils portent le film de par leur charisme de professionnels implacables. Des scènes cultes
(le casse place Vendôme, la battue, le delirium tremens)
mais aussi quelques ratés
(pourquoi le final semble-t-il autant bâclé et décevant, là où on aurait pu avoir un grand affrontement ?)
, on suit avec fascination la rencontre de ces hommes dans "Le Cercle Rouge", qui, malgré certains défauts, est un grand polar français, un spectacle rare et unique en son genre. À lire l'excellent livre de Bernard Stora, qui était l'assistant-réalisateur de Melville sur le tournage...