Un braquage qui dérape et une ambulance lancée dans une fuite interminable. Le film promet une tension étouffante, mais se transforme surtout en vacarme continu où l’agitation finit par remplacer la mise en scène.
Le projet s’inscrit dans la trajectoire récente de Michael Bay, qui retrouve un terrain adapté à son style le plus frontal: récit simple, tension continue, mouvement permanent. Remake d’un film danois beaucoup plus resserré, Ambulance devient ici une opération d’adrénaline pure, tournée rapidement en période de pandémie. Le film mise avant tout sur la vitesse et l’impact, assumant l’idée que l’énergie brute primera sur la précision ou la nuance.
Cette orientation se retrouve immédiatement dans les choix techniques. Le film repose massivement sur les drones FPV, utilisés comme une signature visuelle censée donner un souffle nouveau. Ces plans glissés partout accentuent la frénésie générale plus qu’ils ne servent la scène. Le tournage dans les rues de Los Angeles, mené à un rythme accéléré, renforce cette impression de chaos contrôlé, où chaque passage cherche l’effet plutôt que la crédibilité. L’esthétique découle clairement du mode de production: immersion forcée, bruit constant, vitesse permanente.
Les limites apparaissent très vite. L’écriture manque de consistance et avance par enchaînements mécaniques. Les motivations sont sommaires, les relations esquissées sans réelle construction, et les personnages existent surtout comme des fonctions. Le récit ne progresse pas: il se contente d’être animé. Cette absence de structure affaiblit toute implication émotionnelle.
La crédulité du spectateur est sollicitée dès les premières minutes. L’urgence repose sur des choix tellement improbables qu’ils désamorcent la tension au lieu de la créer. Identités exposées, incohérences répétées, absence de prudence: tout semble voué à l’échec avant même que la fuite ne commence. L’enjeu émotionnel lié au blessé tente d’apporter de la densité, mais la mise en place trop fragile empêche d’y croire.
Pour compenser, le film multiplie le spectaculaire. Explosions, sirènes, drones, caméra nerveuse: l’excès devient un système. Mais cette débauche finit par neutraliser toute intensité dramatique. Là où le mouvement devrait renforcer l’implication, il la dissout. Même l’usage des drones, pourtant pensé comme le cœur de la mise en scène, glisse souvent vers la démonstration gratuite.
La longue poursuite centrale illustre parfaitement ces limites. Malgré la vitesse et le volume sonore, elle se répète sans évolution. L’humour tombe régulièrement au mauvais moment et s’écrase aussitôt. L’ensemble avance comme une machine qui refuse de s’arrêter, de peur qu’on remarque qu’elle tourne à vide.
J’ai été très déçu. Je m’attendais à une proposition plus inventive, mais Ambulance accumule les clichés avec une insistance fatigante. La fin s’étire au point de devenir gênante, comme si le film se persuadait qu’il avait encore quelque chose à montrer.
Quelques thématiques existent comme la loyauté familiale ou la pression du travail d’urgence, mais elles restent en surface. Le message est mince: même les intentions les plus nobles peuvent se perdre dans le chaos.
Ambulance reste un film bruyant, répétitif et désordonné, qui confond agitation et intensité. Un spectacle efficace sur le moment, mais vite épuisé.