J'ai récemment vu The Florida Project de Sean Baker, et il m’a profondément marqué. Avec un regard sans artifice, le film nous plonge dans la réalité de l’Amérique des classes populaires, en dehors des sentiers touristiques. L’histoire suit Moonee, une petite fille de six ans, qui vit avec sa mère, Halley, dans un motel miteux situé juste en dehors du parc d'attractions Disneyland. Le film est une chronique sociale brutale, mais pleine de vie, de couleurs et de joie, où le quotidien des personnages est à la fois dur et lumineux.
La force de ce film réside dans sa capacité à capturer l’enfance dans toute sa spontanéité, son insouciance et sa beauté. Moonee, incarnée par l’impressionnante Brooklynn Prince, est un véritable rayon de soleil, malgré les difficultés qu’elle et sa mère traversent. La complicité entre l’actrice et ses camarades de jeu, ainsi que l'authenticité de leurs interactions, m'a frappé. C’est un regard sans filtre sur la pauvreté, mais vu à travers les yeux d'un enfant, ce qui apporte une dimension humaine et émotionnelle très forte au film.
Côté réalisation, Sean Baker fait un travail remarquable en utilisant des décors réels et en s’appuyant sur des acteurs non professionnels. L'ambiance du motel, dégradé et presque irréel à force d’être coloré, contribue à cette immersion dans un univers à la fois déprimant et presque magique. Le réalisateur réussit à capturer cette zone grise entre misère et rêve, avec une caméra souvent en mouvement, à hauteur d’enfant, pour nous faire ressentir la même énergie brute et la même urgence de vivre. Toutefois, malgré cette immersion et la richesse de l’atmosphère, le film laisse une impression de flottement. La narration peut sembler un peu trop lente et sans but précis. Il y a des moments où le rythme m'a un peu perdu, ne sachant pas où le film voulait réellement m'emmener.
Enfin, ce qui m'a un peu empêché de donner une note plus élevée, c’est que le film, bien qu’incroyablement touchant, manque parfois de structure. Certains choix narratifs m'ont paru trop vagues, notamment l'absence de développement clair des personnages secondaires comme le gérant du motel, Bobby (magnifiquement joué par Willem Dafoe). Si son rôle de protecteur est admirable, il reste sous-exploité et j’aurais aimé en savoir plus sur sa propre histoire. En somme, The Florida Project est un film puissant, qui fait réfléchir sur la fracture sociale, mais qui ne parvient pas toujours à répondre à toutes les attentes narratives que l’on pourrait en avoir. Cela reste un excellent film, certes, mais avec quelques faiblesses qui m'empêchent de lui donner la note maximale.