Rarement un film m’a plu comme Under the Silver Lake.
Derrière son faux air de thriller parano à la Vertigo, c’est une œuvre insaisissable, malade, presque foudroyée par sa propre ambition — et c’est précisément ce qui la rend aussi fascinante.
On y suit Sam, trentenaire désabusé, paumé dans un Los Angeles baigné de soleil et de mystères, à la recherche d’une voisine disparue. Mais très vite, l’enquête se désagrège. Elle devient prétexte à explorer un puzzle mental, un délire urbain, un rêve éveillé, où chaque panneau publicitaire, chaque chanson, chaque geste cache peut-être un code, un indice, un appel.
Andrew Garfield incarne Sam avec une intensité troublante : pas tout à fait héros, souvent passif, parfois inquiétant. Il erre, il cherche, mais cherche quoi exactement ? Une femme ? Un sens ? Lui-même ?
La mise en scène, elle, est d’une beauté rare. On pense à Lynch, à De Palma, à Hitchcock, mais aussi à des jeux vidéo comme GTA ou Fez tant l’obsession du détail devient vertigineuse. Tout semble signifiant, même (surtout) ce qui ne l’est pas.
Et si c’était ça, le propos du film ?
Le besoin maladif de déchiffrer un monde devenu trop vaste, trop incohérent ? L’envie de croire que tout ça a un sens caché, même quand ce sens n’existe pas ? Under the Silver Lake est une œuvre sur le vide, le deuil, l’amour fantasmé, la nostalgie toxique. Sur cette Amérique qui enterre vivants ses milliardaires et recycle ses idoles sous terre.
Oui, le film est long. Oui, il est déroutant, parfois abscons. Mais pour peu qu’on s’y abandonne, il devient une expérience unique : celle d’un esprit qui se décompose lentement sous le soleil de Californie.
Un film-énigme. Un film-miroir.
Attention film culte !