Somptueusement baroque
Après La Forme de l’eau, Crimson Peak, ou Pacific Rim, on se dit qu’il ne fait pas bon rater un film du mexicain Guillermo del Toro. Ces 150 minutes ne me démentiront pas. Alors qu’il traverse une mauvaise passe, le charismatique Stanton Carlisle débarque dans une foire itinérante et parvient à s’attirer les bonnes grâces d’une voyante, Zeena et de son mari Pete, une ancienne gloire du mentalisme. S’initiant auprès d’eux, il voit là un moyen de décrocher son ticket pour le succès et décide d’utiliser ses nouveaux talents pour arnaquer l’élite de la bonne société new-yorkaise des années 40. Avec la vertueuse et fidèle Molly à ses côtés, Stanton se met à échafauder un plan pour escroquer un homme aussi puissant que dangereux. Il va recevoir l’aide d’une mystérieuse psychiatre qui pourrait bien se révéler la plus redoutable de ses adversaires… Adaptation du roman Le Charlatan de William Lindsay Gresham, publié en 1946, cette fresque est un monument entre Freaks et les grands films noirs de la grande époque d’Hollywood. Un imaginaire visuel incroyable au service d’un scénario hors norme est d’un casting +++.
Tout est réuni dans ce conte monstrueux, du thriller somptueux, sinueux et vénéneux à souhait, à la blonde fatale en passant par les bonimenteurs interlopes, les fausses magiciennes et des décors extravagants. Le sens du spectacle et de la tragédie est porté au sommet par Del Toro qui explore avec délectation l’horreur et la monstruosité du genre humain. La photographie, les décors, les costumes, dont de ce film noir un chef d’œuvre éblouissant. Echec fracassant au box-office US, cette énorme machinerie dérange car, confronté à l’écran-miroir, il est sans doute plus facile pour le grand public d’aller se promener de l’autre côté que de faire face à la nature humaine dans ce qu’elle a de plus vertigineux et de plus vil. Avoir absolument.
Bradley Cooper est énorme et tient sans doute là, un de ses tout meilleurs rôles. Les 3 femmes de l’histoire sont campées avec pour notre plus grand plaisir par Cate Blanchett, Toni Collette et Rooney Mara. Côté hommes, ce n’est pas mal non plus avec William Dafoe, Richard Jenkins et Ron Perlman. Je l’ai dit, casting somptueux pour un film qui ne l’est pas moins, sublimé par la musique de Nathan Johnson. Gothique, baroque, démesuré, pour ce carnaval de l’horreur humaine. Horriblement beau !