Inutile d'attendre une séquence post-générique : les auteurs ont préféré ne pas présager du futur. Ont-ils eu raison ? Les critiques du film sont mauvaises en moyenne, mais nous intéressent-elles vraiment ?
En effet, gardons-nous de chercher midi à 14 heures et d'analyser ce film la paire de lunettes qui a visualisé "le joueur de go" ou "Sarah Bernhardt, la divine", ou même un quelconque Spiderman. Il s'agit d'une histoire nouvelle du monde de Marvel, qui s'attaque à un sujet bien plus difficile que l'origine du bien, et qui se sert de l'imagination pour atteindre le spectateur. Qui se sert de la violence aussi, mais pas plus que d'habitude (habitude née il y a trente ans).
La naissance de Kraven rappelle d'ailleurs la naissance de Spider-Man (c'est-à-dire leurs naissances en tant que super-héros, ou super-vilain). Elle est plus brutale, mais tout aussi animale, et restera un mystère pour chacun d'eux. Cela dit, on a du mal à se faire à l'idée que Kraven sera le summum de la vilainie. C'est une sorte de bel animal, qui communique avec les animaux, qui n'aime rien tant que "entendre les grillons et les hiboux", sympa avec les gentils, méchant avec les méchants. Un Wolverine augmenté - quoique non, tous deux ayant des faiblesses !
Superbe début qui introduit le personnage du chasseur que rien n'arrête. Il y aura autre chose après, mais il n'y aura pas mieux. Cette intro fait frissonner à plusieurs titres, ne serait-ce que parce qu'elle se passe en Sibérie. -Pourquoi les vilains sont si souvent russes ? - c'est une autre histoire ! - Feraient-ils peur ?! Cela dit, le scénario du film contient deux nouveaux venus dans le monde des vilains. Et ceux-là sont vraiment inquiétants. Lui, Kraven, rassure plutôt ! - Le seul de la famille (une sacrée famille !)
Kraven le dit lui-même : "la loi est parfois une entrave à la justice". Qui ne le pense pas ? Surtout quand il s'agit de punir l'impuni notoire. Donc, on aime bien le message transmis par le film, qui n'est pas pire que celui de Charles Bronson en "justicier dans la ville", sauf qu'il est plus digeste parce qu'il s'adresse à l'imagination et qu'il n'est pas réaliste. L'autre message qui revient souvent, c'est que "l'homme qui tue la légende devient la légende" : c'est un peu plus perché...
Quant à la réalisation proprement dite du film, elle ne gêne à aucun moment. Les acteurs sont impeccables. La bande-son ne domine pas. Il n'y a pas une vanne toutes les dix secondes. C'est centré sur Kraven et ses proches. C'est centré sur la question de la peur dans le rapport avec les autres, sur la construction de soi, au milieu des autres (père, malfrats, avocats, etc), au milieu de la nature (on connaît moins, mais on découvre la panthère et le haricot paternoster).
PS. C'est une joie d'entendre parler russe et de lire le sous-titrage, et c'est une douleur de revenir au français, notamment quand Russell Crowe déboule. Juste pour cet acteur, la VO est sûrement préférable.
A.G.