Tourné en Italie, avec des acteurs en grande majorité italiens, par un des plus grands cinéastes russes encore en vie, ‘Michel-Ange’ touche parfois du doigt la grandeur du cinéma européen d’autrefois, dans son approche visuelle mais aussi dans le portrait de l’homme qu’il ambitionne de dresser et qui s’écarte de toute facilité, explication définitive ou lien trop évident avec le présent. Car on verra assez peu Michel-Ange peindre ou sculpter dans ce film, en dépit des nombreuses reproductions de ses travaux à l’écran (vous ne pensiez tout de même pas que Kontchalovski avait obtenu le droit de filmer directement dans la Chapelle Sixtine ?). En revanche, on verra l’artiste, incroyablement incarné par un Alberto Testone à la barbe hirsute et au regard fiévreux, dans ses tractations avec les humbles comme avec les puissants, avec les tailleurs de pierre, les papes et les condottières, tous ayant de temps à autre d’excellentes raisons de trucider Michel-Ange mais aussi d’excellentes raisons de réfréner cette envie…car celui qu’on voit évoluer avec aisance de palaces princiers en auberges mal-famées aligne tous les symptômes d’un homme qui aurait bien besoin d’être placé en institution psychiatrique quelques semaines. Le film n’a pourtant rien d’une désacralisation amusée comme Milos Forman avait pu le faire avec ‘Amadeus’ mais d’une tentative de décrypter le génie d’un homme mort voici cinq siècles et qui avait la réputation d’être notoirement difficile à supporter. Michelangelo Buonarotti est à l’écran un cyclothymique torturé, capable de passer de l’enthousiasme à la colère ou à la mélancolie en quelques secondes, lettré et cultivé tout en étant sauvage et colérique, exubérant mais porté à l’introspection, incapable de gérer l’argent qui lui est confié ou de terminer une commande dans les temps et coincé au milieu des complots et de la toile complexe de relations entre les grandes familles italiennes qui tentent de s’assurer ses services alors que la politique et la religion l’intéressent très peu. Le personnage exerce une authentique fascination, les causes et les conséquences de ce qu’on nommerait pudiquement aujourd’hui une personnalité atypique sont laissées à l’appréciation du spectateur. D’autre part, à regarder des films globalement agités, rivalisant de mouvements de caméra audacieux, de plan-séquences incroyables et d’avalanche numérique, on en oublierait parfois les bienfaits du statisme, du plan immobile dont chaque élément est soigneusement agencé pour qu’il ressemble à un tableau de la Renaissance…et les compétences de Kontchalovski en la matière dotent ce biopic d’un lustre visuel incomparable.