La Ruse (Operation Mincemeat) s’attaque à un épisode méconnu mais fascinant de la Seconde Guerre mondiale : l’opération britannique destinée à convaincre les nazis que l’invasion alliée passerait par la Grèce plutôt que par la Sicile. Ce récit, qui mêle espionnage, manipulation et stratégie, possède intrinsèquement tous les ingrédients d’un grand thriller historique. Sur le papier, tout promet.
La première réussite du film réside dans son sujet, rare au cinéma, qui marie précision historique et potentiel dramatique. John Madden restitue avec soin le contexte de 1943, et le spectateur se délecte des détails d’époque. L’interprétation y contribue largement : Colin Firth et Matthew Macfadyen, entourés de Kelly Macdonald et Johnny Flynn, insufflent à leurs personnages un mélange de retenue britannique et de tension intérieure. Ajoutons à cela une reconstitution impeccable : costumes, décors, lumière et musique de Thomas Newman composent un écrin soyeux, presque muséal.
Mais sous cet emballage soigné se cache une réalisation qui peine à embraser son matériau. Madden adopte une mise en scène académique, appliquée mais dépourvue d’audace visuelle. Le film avance à un rythme inégal, lesté par des dialogues abondants et parfois répétitifs, qui freinent la montée en tension. L’introduction installe bien les enjeux, mais s’éternise là où un montage plus nerveux aurait mieux servi le suspense.
Autre choix discutable : l’intrigue sentimentale, qui occupe une place disproportionnée. Loin de renforcer l’humanité des protagonistes, elle détourne l’attention de l’opération elle-même, diluant l’efficacité dramatique du récit. Ce détour émotionnel, conjugué à une réalisation trop sage, amenuise l’intensité d’un plan pourtant audacieux et risqué dans la réalité.
En définitive, La Ruse séduit par son élégance, son casting et son sujet historique, mais déçoit par son manque de panache. Un beau livre d’histoire joliment illustré, plus captivant par son contenu que par la manière dont il est raconté. Les amateurs d’espionnage feutré y trouveront un certain plaisir, mais ceux en quête de tension cinématographique resteront sur leur faim.