Le film est un mélange de comédie, de fantastique et de polar. Le réalisateur s’est d’ailleurs inspiré de The Mask avec Jim Carrey, mais aussi de Uncut Gems des frères Safdie. Sur les petits effets spéciaux avec les chaussures, Yohann Gloaguen s’est inspiré des premières séquences du scaphandre et le papillon de Julian Schnabel.
Sur l’affiche du film, le réalisateur a volontairement écrit le nom de deux acteurs : Jean-Pascal Zadi et Zadi Jean-Pascal ! Un trait d’humour pour désigner le même acteur, et qui renvoie au pitch du film, celui d’un homme, Prosper, chauffeur Uber, habité par l’esprit d’un gangster redouté. Deux rôles incarnés par un seul et même comédien.
Lorsqu’il interprète King, Jean-Pascal Zadi a modulé sa voix pour qu’elle soit différente de celle de Prosper, et Yohann Gloaguen a même rajouté un effet au montage, en plus.
Jean-Pascal Zadi n’a pas hésité à inclure des dialogues en lingala, le dialecte congolais, comme il l’explique : "Ajouter des dialogues en lingala me semblait par exemple essentiel pour montrer que dans Paris, on parle plusieurs langues et que toutes cohabitent très bien dans certains quartiers".
Le choix de la musique a été déterminant pour donner une couleur à chaque personnage. Pour Prosper, le cinéaste a davantage utilisé des musiques des années 70 et 80. Le sifflement utilisé dans la composition musicale s’inspire de celui du film Coup de tête de Jean-Jacques Annaud et de ceux que l’on entend chez Vladimir Cosma dans Le grand blond avec une chaussure noire et Les compères. En outre, c’est la chanson Tchiki boum du groupe Niagara qui ouvre et clôt le film. Pour King, le réalisateur s’est davantage tourné vers des références à John Carpenter et Fela Cuti.
Si la première salve de montage se concentrait sur la vie de King et donnait une tonalité trop sombre au récit, Yohann Gloaguen a changé son fusil d’épaule pour se focaliser davantage sur Prosper pour accorder une place prépondérante à la comédie.
Avec son chef opérateur Thomas Brémont, Yohann Gloaguen a tourné au format 1,85:1, une ancienne série d’optiques anamorphiques Technovision que Panavision venait d’adapter aux capteurs grands formats. Ainsi, ils sont les premiers à les utiliser de cette manière, tout en sachant que cette série d’optique a servi sur de célèbres tournages comme Apocalypse Now, Nikita ou le Dernier Empereur.
Les acteurs de Prosper viennent tous d’univers différents, que ce soit du théâtre ou du cinéma, du cinéma populaire et du cinéma d’auteur. D’ailleurs, Makita Samba et Mamadou Minté ont tous les deux tourné pour Jacques Audiard. Enfin, Jean-Pascal Zadi a suggéré l'idée de l’actrice Salimata Kamate, car il la considère comme sa "maman de cinéma".
Yohann Gloaguen a choisi Cindy Bruna après avoir lu une interview d’elle à l’occasion de la sortie de son livre. Elle n’avait encore tourné aucun film, mais Jean-Pascal Zadi a été séduit par l’idée et, après des essais concluants, elle a rejoint le casting.
Le réalisateur a voulu échapper à toute caricature et a même eu peur de froisser la communauté africaine en parlant des sapeurs du Congo, où se déroule d’ailleurs la première scène du film. Il a donc parlé durant de longues heures avec Jean-Pascal Zadi et ils ont essayé de gommer tout aspect folklorique pour se concentrer sur le réel de cette communauté. D’ailleurs, Yohann Gloaguen tenait à ce que ses deux acteurs principaux, Jean-Pascal Zadi et Cindy Bruna, soient d’origines congolaises.
Jean-Pascal Zadi et Yohann Gloaguen ont multiplié les séances de travail en amont du tournage, durant lesquelles l’acteur a réécrit quelques séquences. En plateau, il n’a pas hésité à improviser certaines scènes, tout en respectant le texte scrupuleusement à d’autres moments.
Prosper est le premier long-métrage de Yohann Gloaguen et les démarches pour obtenir des financements ont été très longues et fastidieuses. Et ce, même si Jean-Pascal Zadi, qui a très rapidement rejoint le projet — dès novembre 2020 — venait de recevoir son César du meilleur espoir pour Tout simplement noir.
Thierry Lounas, le producteur du dernier court-métrage de Yohann Gloaguen, lui a parlé d’un scénario signé Dominique Baumard qui racontait l’histoire de chaussures magiques dans le milieu des sapeurs, à Paris. Ce mouvement de la SAPE, la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes, est né dans les années 20 à Brazzaville, puis à Kinshasa, où les Congolais réinterprétaient les habits des colons. En novembre 2019, le réalisateur s’est alors immergé dans ce milieu à Paris, dans les quartiers de Château-Rouge et Château d’eau et y a rencontré des sapeurs comme Le Bachelor, Monsieur Robby et Arlene Peleka, qui jouent d’ailleurs dans le film.