Ballbar/Bonnard : l'alliance de deux caractères, a priori dissemblables, la sophistiquée contre le fruste, pour être rapide, sert parfaitement le propos du Système Victoria, une adaptation subtile du roman de Éric Reinhardt. Le film décrit avec précision la pression énorme reposant sur les épaules d'un directeur des travaux d'une grande tour en construction, avec des délais impossibles à tenir et un management à adapter, entre la carotte et le bâton. Mais Le système Victoria est aussi l'histoire d'une relation étrange, dont on ne connaîtra jamais tous les tenants et les aboutissants, entre une dominante et un dominé, pour faire court, là aussi. Un récit de prédation et de manipulation, pas nécessairement limpide, à la fin de la projection mais fascinant, de par les questions que le film pose sans y répondre de manière avérée. Y a t-il quelque chose de plus spectaculaire que les relations humaines, quand celles-ci reposent sur une bonne dose d'ambiguïté et de mystère ? Après la belle réussite de De grandes espérances, Sylvain Desclous montre, en tous cas, sa grande maîtrise des ambiances inquiétantes entre désir, souffrance et ambivalence, toujours dans un monde du travail se rapproche de plus en plus des principes de la chaîne alimentaire.
J'ai vu le film en avant première en présence du réalisateur. "Le Système Victoria", adaptation du roman éponyme d'Éric Reinhardt par le réalisateur Sylvain Desclous, offre un regard saisissant sur les dérives du monde professionnel contemporain et les dynamiques de pouvoir qui le régissent. Le film suit David, un directeur de travaux incarné avec justesse par Damien Bonnard, pris dans l'étau d'un chantier titanesque à La Défense. Sa rencontre avec Victoria, une DRH charismatique et énigmatique brillamment interprétée par Jeanne Balibar, va bouleverser sa vie personnelle et professionnelle. Sylvain Desclous excelle dans la mise en scène d'une tension palpable dès les premières images. La caméra, grimpant sur la paroi d'un immeuble, plonge le spectateur dans un vertige métaphorique annonçant les enjeux du film. Cette atmosphère oppressante est renforcée par une bande sonore anxiogène et une photographie clinique qui ne s'adoucit que lors des interactions entre les deux protagonistes. Le réalisateur parvient à transformer ce qui aurait pu être une simple comédie romantique en un thriller psychologique captivant. Il explore avec finesse les thèmes de l'emprise, de l'aliénation et des pressions déshumanisantes du capitalisme moderne. Le scénario, resserré et efficace, maintient le spectateur en haleine, l'obligeant à réfléchir en même temps que David aux mystères qui entourent Victoria. L'alchimie entre Bonnard et Balibar est indéniable. Balibar compose une Victoria fascinante, à la fois attirante et inquiétante, tandis que Bonnard incarne avec subtilité un homme de principes progressivement consumé par une passion dévorante. Si le film s'éloigne parfois du roman original, notamment en adoptant uniquement le point de vue de David et en atténuant l'aspect charnel, ces choix servent à accentuer la dimension dramatique et politique du récit. La réalisation de Sylvain Desclous, inspirée du cinéma des années 70, avec ses plans longs et sa lumière contrastée, renforce l'immersion du spectateur dans cet univers professionnel brutal. "Le Système Victoria" s'impose comme un drame puissant qui interroge notre rapport au travail et au pouvoir. En ne refermant pas toutes les portes qu'il ouvre, le film laisse au spectateur la liberté d'interpréter et de réfléchir, faisant écho au système complexe et parfois opaque qu'il dépeint. En somme, Sylvain Desclous livre un film intense et réflexif, qui réussit le pari de divertir tout en proposant une critique acerbe de notre société. Une œuvre qui résonne longtemps après le générique final.
Sylvain Desclous nous livre un film qui n'est pas vraiment un thriller, ni une romance réussie car il manque cruellement de suspense. L'alchimie entre Damien Bonnard (plutôt bon) et Jeanne Balibar ne fonctionne pas, malgré les nombreuses scènes intimes entre les personnages. On n'est pas embarqué dans leur histoire naissante. Les personnages sont froids et procurent peu d'émotions au spectateur. Les enjeux sont mal développés, voir expédiés, et tourne très rapidement en rond. J'avais adoré son précédent film De Grandes Espérances mais celui-ci est un peu raté.
Un film superlatif où la tension psychologique est mené de main de maître, avec un scénario parfaitement construit et idéalement interprété, cette œuvre est une réussite totale, même si un léger flottement se fait sentir de temps à autre. Essentiel!
La belle surprise de la semaine et un des meilleurs thrillers sociaux de ces dernières années. Une rencontre entre deux représentants de classes qui ne se croisent plus beaucoup ( une DRH d'un grand groupe international et un architecte en charge de finir une tour de la défense). La tour est un personnage parmi d'autres et le film tient toutes ses promesses avec une Jeanne Balibar royale et un Damien Bonnard tout en nuances et en sensibilité. La fin réserve une belle surprise
Sorte de thriller dans le domaine socio-économique, l’entreprise, le monde des affaires, ses rapports de pouvoir, de domination, de manipulation. Si on perçoit l’essentiel du message (politique), dans les détails ça reste somme toute assez abscons et superficiel. Comme si vous étiez prié (peut-être ?) d’avoir lu le roman dont est adapté ce scénario, histoire d’avoir un temps d’avance, sauf à devoir patauger un peu. Le spectateur en ressort quand même avec la conviction de quelque chose de malsain dans ce monde (économique) qui ne tourne pas rond.
Ce film de Sylvain Desclous est déstabilisant ! D' après le roman d'Éric Reinhardt, dont il s' écarte, ce qui permet donc une latitude au réalisateur pour s' échapper d'un certain carcan. Grace à un duo d' acteurs, Victoria Winter ( Jeanne Balibar ) et David Kolski ( Damien Bonnard ), qu' a priori rien ne rapprochent, une intrigue va naître en même temps qu' une attirance physique étonnante. Liée ou pas, à la responsabilité professionnelle de David, et d' intérêts financiers énormes, cette ambiguïté prend une allure de thriller économique, tout en semant une incompréhension subtile. L' art du réalisateur confirme ici sa maîtrise, livrant un questionnement actuel hautement crédible via des personnages convaincants ! Quelle performance de ces deux acteurs principaux dans ce mélange illisible et curieux, où tour à tour, J Balibar et D Bonnard proposent des interprétations fascinantes.....!!**
Un film qui fait un bien fou au cinéma français, ne surfant sur rien d’autre que ce qui semble intéressé le réalisateur. On se retrouve donc face à un film personnel et doté d’une vrai âme. Ajoutez à ça une maîtrise pleine d’humilité de la mise en scène, et un grand Damien Bonnard et vous obtenez une œuvre aussi riche que divertissante. Sylvain Desclous peaufine sa maîtrise du thriller pour le rendre plus fin en finalement plus explosif dans son dernier acte.
Très bon film bien rythmé avec du suspense autour de cette femme mystérieuse et très manipulatrice, Victoria jouée par Jeanne Balibar, et Damien Bonnard, architecte un peu désemparé. Très bon jeu d'acteur. On se laisse embarquer. Ce film m'a fait penser à "Babygirl" en version française.
Très bon film très réaliste sur la pression exercée sur les gros chantiers de bâtiment. Les contrats signés par les entreprises ,que ce soit des marchés publics ou privés, sont de plus en plus souvent assujettis à des clauses léonines avec des impératifs non tenables. Les entreprises n'ont pas d'autre choix que d'accepter ces conditions souvent irréalistes pour obtenir ces marchés face à un concurrence féroce. La pression faite sur les délais , souvent beaucoup trop serrés, impose des conditions de travail difficiles reportées en bout de chaîne sur les ouvriers et les encadrants de chantier. Les pénalités colossales souvent prévues sont une épée de Damoclès pour les équipes travaux n'ayant d'autres choix que d'accepter les conditions de travail dégradées au détriment des salariés mais qui se reportent aussi sur les familles et les enfants. Le système et d'autan plus pernicieux, qu'aux démarrages des travaux les études techniques de conception ne sont pas du tout abouties et enclenchent dès le départ des retards iratrapables à la fin. Les Burnouts sont souvent très fréquents Le système broie les individus et le respect de l'homme et du travailleur n'existe Bravo aux réalisateur et acteurs.
Tout comme Victoria apparaissant dans une multitude de miroirs lors de la scène du restaurant chinois, ce Système Victoria avance masqué et se dérobe à nos regards. C'est la raison pour laquelle il déstabilisera peut-être ceux qui ont découvert le réalisateur avec ses deux précédents films, plus faciles d'accès. A la fois thriller, chronique sociale et portrait du monde du travail, il s'avère au final être le portrait d'un personnage féminin tel qu'on en voit rarement au cinéma. Femme manipulatrice ou femme libre, peu importe au final tant Jeanne Balibar nous ramène au plaisir de voir une grande actrice dans un grand rôle.
Vu en avant première à Bordeaux. Adaptation très réussie du livre d'Eric Reinhardt. C'est un film à la fois haletant, mystérieux et drôle (les scènes de dialogues entre Jeanne Balibar et Damien Bonnard!!!). Une fable qui au delà de sa narration questionne profondément notre rapport à ce monde, au libéralisme, au pouvoir et à l'individualisme que cela engendre. Cruellement d'actualité. Jeanne Balibar est incroyable. Rarement vue comme ça. Elle navigue et louvoie, pleine de charme, de drôlerie et de dangerosité. Et son duo avec Damien Bonnard lui aussi parfait dans son rôle aussi inattendu que réussi.
Architecte frustré, David (Damien Bonnard) dirige la construction d'une immense tour dans le quartier de La Défense. Il est l'objet de pressions contradictoires, de son patron qui exige de lui de tenir des délais intenables et des propriétaires koweitiens qui tentent de le corrompre pour ralentir la cadence afin d'éviter de réceptionner des bureaux qui n'ont pas encore de locataires. C'est alors qu'il rencontre la mystérieuse Victoria (Jeanne Balibar), DRH d'une multinationale basée à Bruxelles.
Avec son sous-titre en forme de triptyque Pouvoir/Ambition/Passion, ces deux têtes d'affiche, et son réalisateur prometteur (il avait signé les très politiques "La Campagne de France" et "De grandes espérances"), cette adaptation du très bankable Eric Reinhardt (un autre de ces romans, "L'Amour et les Forêts", vient d'être porté à l'écran par Valérie Donzelli) avait de quoi mettre l'eau à la bouche.
J'ai pourtant été très déçu. Pour trois raisons.
Avec sa voix à nulle autre pareille et son élégance éthérée, Jeanne Balibar se glisse à merveille dans le personnage de Victoria. Damien Bonnard, plus terrien, fait un bon David. Mais la rencontre de ces deux acteurs (et/ou de ces deux personnages) ne fonctionne pas. On ne croit pas un seul instant dans le couple qu'ils forment. L'érotisme que le film est censé véhiculer est aux abonnés absents. Et le comble du ridicule n'est pas loin d'être atteint quand notre couple désassorti se retrouve (pourquoi ? pour qui ?) dans une boîte échangiste.
Le film est tendu par un suspense : y a-t-il derrière la rencontre de David et de Victoria un agenda caché ? On en aura la révélation à la toute fin du film. Reconnaissons, sans en rien spoiler, que cette révélation est étonnante. Mais elle arrive bien tard pour un film qui aurait pu être bien plus court. Ne nous plaignons pas pour autant : il dure une heure quarante à peine alors que le livre - que je n'ai pas lu - dépasse les six cents pages dont je me demande bien ce qu'elles racontent de plus.
Troisièmement : Eric Reinhardt et Sylvain Desclous affirment avoir voulu signer une oeuvre politique qui dénonce (comme hier "Mickey 17") l'exploitation de l'homme par l'homme. Sauf que le film de science-fiction de Bong Joon-ho était autrement plus riche et se prenait nettement moins au sérieux que ce drame lent et lourdaud qui enfonce les portes ouvertes (oui ! l'homme hélas est toujours un loup pour l'homme et on est toujours le dupe de plus puissant que soi) - et dévale les escaliers.
Un film sous tension permanente, très bien interprété J'ai vraiment passé un bon moment dans ce thriller où le malaise s'installe très vie, ce qui sert bien l'intrigue Quelques petits moments peu utiles selon moi, à la fin du film :lspoiler: le club échangiste et la chute dans les escaliers en particulier