Il y a des films de cinéma sur le cinéma qui parlent magnifiquement du cinéma, comme ‘Cinema Paradiso’ de Giuseppe Tornatore. Il y a aussi les nombrilistes, faussement poétiques, vraiment insupportables. Il y a ceux qui se servent du support pour expérimenter, ou comme exutoire au stress de la profession et prétexte à un humour plus ou moins cinglant. Et puis, il y a ce curieux ‘Making-of’, très écrit et très pensé, qui vise l’universel et l’allégorie militante. Puisque ce making-of est, dans le film réel, un film documentaire consacrée au tournage d’un film basé sur un événement réel dans l’univers fictif, on a affaire à une sorte de projet 4D : le sujet du film de ce réalisateur au bord de la crise de nerfs est d’essence sociale - des ouvriers qui luttent pour conserver leur usine - et ce qu’il dénonce se retrouve étrangement transposé à l’échelon supérieur, sur le plateau de tournage mais en version inversée : la noblesse des idées de gauche et de solidarité exprimées dans ce cinéma-vérité se heurtent à la réalité et à l’obligation de transiger, de moyenner et de négocier, parfois au détriment des artistes et des équipes sur le terrain, avec les bailleurs de fonds capitalistes. S’y mêlent d’autres considérations, celle du réalisateur, toujours, dont la vie familiale part en lambeaux ou celle du figurant responsable du making-of, qui rêve d’entrer dans la grande famille du cinéma et entame une relation compliquée avec une des actrices. Sans oublier Jonathan Cohen, en star bien intentionnée mais bouffie d’égo, dont l’abattage survolté ne suffit pourtant pas à rendre le film vraiment drôle. Sans doute ‘Making of’ court-il trop de lièvres à la fois pour briller dans toutes ses dimensions : on n’a aucune peine à reconnaître la valeur et l’intelligence du projet mais on n’en sort ni très convaincu, ni très édifié, ému ou amusé.