A cheval sur l’Europe et le Nouveau Monde, ‘Le successeur’ se complaît dans une austérité formelle et une économie de moyens et de dialogues très auteurisante, tout en utilisant les ficelles les plus éprouvées du Thriller : on y observe Elias Barnès, le directeur artistique d’une maison de haute couture parisienne, gérer les aspects les plus triviaux de la succession de son père au Québec, mission qu’il prend comme une corvée étant donné qu’il avait coupé les ponts avec le géniteur plusieurs décennies auparavant. On le voit passer du français au québécois en fonction de son interlocuteur, traiter avec le crématorium, l’association qui souhaite récupérer meubles et vêtements ou les voisins qui lui serinent à quel point son père était un homme formidable, avec la même résignation irritée…jusqu’à ce qu’il parvienne à accéder à l’étage inférieur de la demeure paternelle, où il trouvera ensuite une porte secrète soigneusement dissimulée derrière un meuble avec, au fond du couloir…je n’en dis pas plus mais tout le monde devrait avoir compris. On pense alors qu’on va simplement avoir droit à ce qu’on a déjà vu tant de fois au cinéma, mais d’une efficacité moins optimisée car mâtinée d’un vernis d’auteur : en l’absence apparente de prédateur, on suppose qu’on se dirige peut-être vers une démonstration métaphorique de la transmission du mal et du péché paternel…et pourtant, ‘Le successeur’ finit par se retrouver là où on ne l’attend pas : Elias va terriblement mal gérer sa découverte, accumuler les erreurs, se rapprocher dangereusement du craquage. Refusant toujours autant le spectaculaire, presque hitchcockien dans son approche, ce dérapage s’avère totalement crédible, sans retournements de situation inattendus, sans humour noir malvenu : on se dit alors qu’on a compris l’idée mais comme il reste encore inexplicablement une vingtaine de minutes et que le climax a eu lieu, on préssent le mauvais dosage, l’ouverture narrative qui doit se conclure, les conséquences explicitées alors qu’on aurait tout aussi bien pu les imaginer. Mais ça, c’est avant que les toutes dernières minutes ne vous cueillent à l’estomac, un méchant crochet du gauche, comme je n’en avais pas pris depuis longtemps, qui fait oublier les quelques longueurs d’un film qui veut faire acte de Thriller sans totalement y parvenir, et ne retrouve pas, du moins jusqu’à cet instant, la concision et l’effet coup-de-poing de ‘Jusqu’à la garde’