La culture du secret
La franco-tunisienne Leyla Bouzid nous a déjà gratifiés de deux très bons films, A peine j’ouvre les yeux et Une histoire d’amour et de désir. Elle revient en force avec ces magnifiques 113 minutes sur un sujet plus que brûlant dans son pays. De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d'une maison où cohabitent trois générations de femmes. Leyla Bouzid prend son temps. Au rythme d’un film tous les 5 ou 6 ans, elle sait peaufiner ses sujets et nous proposer des petites pépites. En voici encore une à ne pas manquer.
Notre cinéaste du jour poursuit son chemin impeccable, à la fois engagé, mais aussi toujours porté sur la veine romanesque. C'est dans la maison de sa propre grand-mère, à Sousse, qu’a été tournée une grande partie des scènes d'un film qui évoque la famille, à travers sa solidarité, mais aussi tous les secrets plus ou moins enfouis qu'elle tait, ces mensonges qui ne sortent du placard qu'avec peine, ne seraient-ce que parce qu'ils constituent une atteinte au Code pénal tunisien, plus précisément à son article 230… je vous laisse découvrir la teneur dudit article de loi. Vu son sujet, ce film ne sortira hélas pas dans de nombreux pays, y compris européens - Pologne, Hongrie -, sans même parler du monde arabe. S'il s'agit d'une œuvre militante, mais aussi une superbe leçon de mise en scène, élégante et sensuelle, avec une subtile utilisation des flashbacks, tout en faisant également la part belle aux interprétations féminines. La mise en scène à la fois organique et épurée, la photographie somptueuse avec en particulier la lumière dans cette maison, d’abord tout en clair-obscur, en contrejours, avant, peu à peu, de la laisser s’immiscer puis envahir l’espace au fur et à mesure que la vérité apparaît. Un très bel écrin pour un bijou.
Eya Bouteraa, qui porte le film de bout en bout est une véritable découverte qu’on ne demande qu’à revoir. A ses côtés la très sensible Marion Barbeau et surtout Hiam Abbass, une très grande dame qui montre une fois de plus qu'il n'y a pas de rôle secondaire avec elle. Voudrait-elle livrer une prestation ratée qu'elle en serait bien incapable. Tout le reste du casting est également frappé par la grâce de la direction de la réalisatrice. Un film authentique, intense et d’une lucidité exemplaire qui ne peut laisser indifférent. Il existe des films qui nous rendent meilleurs. La preuve !