Dans Together (Michael Shanks, 2025), la narration s’ouvre sur un couple en voie d’extinction sentimentale : Millie (Alison Brie) et Tim (Dave Franco) vivent encore côte à côte, mais le désir, émoussé par les années, semble irrémédiablement absent. L’élément perturbateur — une force exogène, invisible et incompréhensible — opère une réactivation brutale de l’attirance, transformant l’indifférence en passion irrépressible.
La dimension philosophique du film s’inscrit dans le sillage du Banquet de Platon, et plus précisément dans le mythe des androgynes. Là où l’Antiquité célébrait la quête volontaire de l’unité perdue, Shanks substitue à cette recherche libre un processus imposé, inversant la valeur de la complétude : la réunion des corps devient aliénation, la fusion identitaire une dépossession.
C’est dans cette dialectique entre beauté et effroi que réside une part de la force visuelle du film. Alison Brie, filmée par une photographie volontairement froide — dominée par des éclairages diaphanes, des teintes désaturées et des compositions millimétrées —, « crève l’écran » sans jamais basculer dans la stylisation artificielle. Son visage, à la fois lumineux et inquiet, n’est pas sans rappeler la singularité de Shelley Duvall dans Shining : un éclat fragile, traversé d’une inquiétude sourde, qui capte la caméra même dans la tension ou le malaise. Cette beauté ainsi travaillée devient le vecteur du paradoxe central : mise en valeur pour mieux en révéler la vulnérabilité. Cette iconisation contrariée renforce l’impact émotionnel, créant une tension entre l’admiration esthétique et la compassion dramatique.
La mise en scène privilégie les plans rapprochés, où la netteté clinique de l’image contraste avec l’organicité viscérale des effets de body horror. Ce mariage plastique sert une allégorie de la codépendance, où la perfection apparente du couple dissimule une dynamique d’enfermement.
Ainsi, Together se déploie comme un objet hybride, à la croisée de la spéculation philosophique et de l’expérimentation sensorielle. En faisant de la beauté d’Alison Brie un vecteur de trouble plutôt qu’un simple ornement, le film interroge le pouvoir des images à séduire tout en mettant mal à l’aise, et confirme que l’unité tant recherchée par Platon peut, sous certaines conditions, se muer en captivité glacée.
(Vu en avant première au Mégarma Bastide)