Sans didactisme ni élégie (en dépit d'une douloureuse scène d'hallucination révélatrice), la narration, portée par une voix off exprimant les sentiments du protagoniste et se contentant de sous-entendus, laisse entendre les difficultés, les injustices, les questionnements auxquels sont confrontés les travailleurs de petites bourgades américaines, dont l'évolution des conditions de vie (confort, médecine) et des mentalités (racisme, sexisme) se dévoile par touches et anecdotes. Dotée d'une magnifique photographie, la mise en scène souligne l'ambivalence de l'environnement naturel aussi majestueux, fécond, rassérénant que menaçant, dangereux, impénétrable. Or, dans ces décors introspectifs, l'histoire (dramatique) du héros (impeccable Joel Edgerton) encourage à nous interroger autant que lui sur le passage du temps, la puissance de la mémoire, la valeur de la joie présente. Malgré des rencontres, malgré les changements du monde autour de lui, malgré les évolutions culturelles, cet homme seul s'accroche à un absurde espoir qui lui permet de continuer à exister, ne comprenant que trop tardivement la nécessité d'une profonde résilience et le droit à s'ancrer dans autre chose que ses souvenirs. Bouleversant.