Au décès de sa meilleure et seule amie Pinky, Grace se remémore sa vie qui l'a vue se réfugier dans sa fascination pour les escargots pour échapper aux épreuves d'un destin tragique partagé avec son jumeau Gilbert...
Seize ans après "Mary & Max", Adam Elliot ressurgit enfin avec un nouveau long-métrage en stop-motion d'êtres en pâte à modeler prêts à nous entraîner dans le tourbillon dépressif de leur existence. Et si d'escargots il y est question, le travail que l'on imagine titanesque accompli sur "Memoir of a Snail", encore bien plus ambitieux par sa richesse de détails et de décors que le précédent, ne fait nullement entrer le réalisateur-scénariste dans la catégorie des gastéropodes cinématographiques (son plan de carrière d'ors et déjà prévu est d'ailleurs minimaliste, une trilogie de courts-métrages, une de moyens, une de longs... et ce sera tout), seulement dans celle des artistes dont les œuvres, rares, cherchent à laisser une empreinte de bave indélébile dans l'esprit des spectateurs.
Ce sera encore une fois le cas via "Memoir of a Snail", avec lequel on renoue instantanément avec l'univers unique du cinéaste, marqué au fer rouge par un ton adulte, noir, désespéré mais capable d'y laisser entrer les plus vives éclaircies de poésie et de tendresse pour offrir un peu de répit à ses personnages brisés par la vie.
Avec le sentiment d'inertie, le repli sur soi-même dans une coquille fragile et l'idée d'une spirale vicieuse d'événements dramatiques convoqués par l'imagerie gastéropode devenue le refuge de l'héroïne depuis sa plus tendre enfance, Adam Elliot explore avec génie la maltraitance psychologique d'êtres laissés à la marge du simple fait de leurs différences, sur lesquels le sort s'acharne en multipliant les malheurs à leur encontre et que tout un mal systémique (permettant d'aborder une multiplicité de thématiques aliénantes), pour la plupart composée d'adultes dont la parole est réduit sciemment à un langage incompréhensible, cherche à en fracasser encore un peu plus la carapace faute de ne pouvoir les conformer à son image.
Mais, magnifiquement retranscrit avec une émotion constante, c'est pourtant bien cette différence mise en harmonie avec l'esthétique singulière d'Elliot qui forge l'excentricité si touchante de l'identité et de la bulle de solitude de ses deux protagonistes principaux, chaque maigre instant de bonheur (les moments de partage avec le père ou encore la complicité improbable avec la formidable Pinky, clairement le meilleure personnage secondaire d'un film d'animation de l'année) qui tente de faire entrer la lumière dans l'ombre dévorante de leurs parcours respectifs en devient ainsi irrémédiablement bouleversant.
Naviguant à la perfection entre les registres pour nous faire passer des sourires aux larmes en un claquement d'antennes d'escargot, "Memoir of a Snail" nous laissera une bonne fois pour toute à terre avec son acte final, faisant de la prise de conscience autour de la nécessité de briser soi-même sa coquille pour continuer à avancer un des plus beaux passages de retour à la vie que, à ne pas en douter, l'année cinéma 2025 nous réservera.
Faites qu'Adam Elliot n'attende pas encore seize ans pour nous imaginer une nouvelle œuvre aussi incroyable.... Cela dit, si c'est réellement son dernier, nul doute que l'on patientera pour voir ce qui sera un long-métrage d'animation en forme de quintessence de son art, signature définitive d'un maître unique en son genre.