Ceux et celles qui suivent le cinéma iranien de près ne seront pas dépaysés par La femme qui en savait trop, coécrit par Jafar Panahi et Nader Saeivar, son réalisateur. Néanmoins, on est toujours stupéfait et admiratif devant le courage manifesté dans des scénarios qui mettent en cause le régime et ses préceptes de plus en plus contestés. Comme le dernier long métrage de Saeed Roustayi, Woman and Child, mais aussi comme la plupart des films d'Asghar Farhadi, La femme qui en savait trop est une histoire d'engrenage, qui accule ici un personnage de vieille femme, seule contre tous, ou presque, en tous cas une communauté d'hommes, solidaires pour des raisons diverses, qui ont le plus souvent à voir avec la compromission ou la corruption. Avant le générique de fin, poignant, le film symbolise la liberté des femmes par la danse, sans contrainte ni hidjab. Manquant peut-être un peu de fluidité, si on veut lui chercher un défaut, La femme qui en savait trop est un nouvel acte de résistance dans une société qui semble se diriger vers sa nécessaire déchéance mais qui résiste encore par la menace et l'avilissement. Le cinéma iranien témoigne d'une évolution inéluctable avec ses moyens et sa capacité de toucher le public international, notamment à travers les festivals. Et là bas, le combat continue.
En Iran, parfois, voir c’est déjà se condamner. Tarlan, professeure de danse à la retraite, ne voulait pas de ça : juste vivre tranquille, entre les murs de son appartement, avec le silence de ses souvenirs. Mais un soir, dans la rue, elle voit. Elle voit trop. Un meurtre. Et l’assassin n’est pas n’importe qui : un homme du pouvoir.
Alors commence l’étranglement. Elle croit d’abord à la justice. Elle prévient la police. Mais la police rit, détourne, classe sans suite. Elle comprend très vite : c’est elle la coupable désormais, coupable d’avoir ouvert les yeux. L’État a ses hiérarchies de vérité, et son regard n’y figure pas.
Le film avance comme une suffocation. Pas de grandes courses, pas de coups d’éclat. Juste la peur, installée dans chaque plan, dans chaque silence prolongé. Saeivar filme les couloirs trop longs, les appartements trop vides, les fenêtres qui deviennent des pièges. La caméra reste souvent immobile, comme si elle surveillait elle aussi, comme si elle guettait le moment où Tarlan finira par céder.
Maryam Boubani, dans le rôle principal, porte le film comme on porte une croix. Pas d’excès, pas de cris. Son jeu est un effritement lent. Elle baisse les yeux, elle respire mal, elle se tient droite par habitude plus que par force. Autour d’elle, les autres personnages ne sont que des ombres — voisins prudents, policiers complices, figures du pouvoir sans visage. Tout est organisé pour l’isoler, pour que son courage devienne une faute.
On pense à Panahi, évidemment, son regard frontal sur l’Iran. Normal : il cosigne le scénario. Mais Saeivar injecte une autre matière : une sécheresse, une rudesse presque documentaire. Pas de poésie pour atténuer. Juste l’usure d’une femme qui comprend que la vérité, là-bas, est un luxe inaccessible.
La Femme qui en savait trop n’est pas un plaidoyer, ni un film à messages. C’est pire. C’est un constat. L’histoire d’un témoin que l’on voudrait effacer, et qui lutte encore pour rester visible. Un drame sec, sans issue consolante, qui laisse une seule question en suspens : à quoi sert de dire ce qu’on a vu, si personne n’a le droit d’écouter ?
Nader Saeivar, collaborateur régulier, tantôt producteur tantôt coscénariste, de Jafar Panahi s'associe à nouveau au réalisateur récemment Palmé mais cette fois c'est lui qui est derrière la caméra. Et c'est peut-être là que le bât blesse car il ne parvient pas à faire oublier les coutures très apparentes d'un récit qui est d'ailleurs dans sa structure presque plus Farhadi que Panahi. Le cinéma iranien a le vent en poupe mais comme dans tout cinéma tout n'est pas du caviar, certains films ont le droit d'être mineurs, et celui-ci en fait partie. Du moins je l'ai ressenti comme tel, ou plutôt devrais-je dire que je n'ai pas ressenti grand chose face à ce drame assez attendu, à ce thriller qui ne dit pas son nom mais qui semble là pour relever un plat trop peu épicé.
Nader Saeivar, le réalisateur de "La femme qui en savait trop", n’a pas la notoriété de Jafar Panahi au point que le site sur lequel vous êtes en a fait une iranienne, à la fois réalisatrice, scénariste et productrice. Nader Saeivar a commencé à travailler avec Jafar Panahi en tant que dialoguiste sur son film de 2018, "Trois visages".et c'est avec ce réalisateur, dont "Un simple accident", la récente Palme d’Or, va sortir le 1er octobre prochain, qu’il a écrit le scénario de "La femme qui en savait trop", un film qu’il tenait à faire en soutien du mouvement « Femme, Vie, Liberté » et qu’il a ensuite tourné clandestinement avant de quitter l’Iran pour aller s’établir à Berlin. Tout au long de son film, un grand film iranien de plus, Nader Saeivar fait preuve d’une grande maîtrise dans l’utilisation des ellipses. Maryam Boubani, la magnifique interprète de Tarlan, est une actrice assez célèbre en Iran. Elle est devenue un symbole du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en étant une des premières actrices à retirer son hijab et à déclarer qu’elle ne voulait plus le porter. Bien entendu, la critique complète est accessible sur le site où le tiret du 6 sépare critique et film.
J'aime beaucoup le cinéma iranien, dont je ne rate pratiquement aucun film visible en France, et j'apprécie aussi beaucoup le talent de scénariste de Jafar Panahi.
J'étais donc conditionné à aimé le film de Nader Saeivar, habituel collaborateur de Panahi.
Malheureusement, malgré quelques qualités caractéristique des films iraniens (une attention aux détails de la vie quotidienne, une minutieuse exploration de la psychologie des personnages, un suspense autour d'un cas de conscience), j'ai trouvé qu'ici la sauce ne prenait pas, principalement par la faute d'un scénario "à trous", qui par ailleurs ne ménage aucune surprise.
Il y a dans La femme qui en savait trop (un titre qui ne correspond pas vraiment au contenu du film) beaucoup de carences dans ce qui est raconté : spoiler: que devient la fille après la mort de sa mère ? pourquoi est elle à l'hôpital ? pourquoi personne ne parle du corps de la femme ? peut on vraiment confondre le cadavre d'un homme et d'une femme ? ... je pourrais multiplier presque à l'infini les faiblesses d'une narration qui perd de ce fait finalement en intensité.
Restent un merveilleux portrait de femme (Maryam Boubani, très convaincante), le beau personnage du fils, impressionnant par sa densité de bêtise servile, et un tableau nécessaire de la précarité de la condition féminine en Iran.
Le dernier plan du film, spoiler: outre le fait qu'on ne comprend pas ce la fille met dans la bouteille, est franchement maladroit par son onirisme benêt.
Un bon polar dans l'Iran d'aujourd'hui, avec son lot de descriptions de la corruption, des arcanes du pouvoir et des difficultés que les femmes rencontrent dans ce pays. Clairement à charge mais bien mené et intéressant.
Ai vu « La femme qui en savait trop » du réalisateur iranien Nader Saeivar d’après un scénario du cinéaste star et palmé à Cannes, Jafar Panahi. La mise en scène implacable et sans grandiloquence donne encore plus de sens et de force à l’intrigue de répression et de résistance. La scène d’ouverture, magnifique, présente un groupe de femmes qui dansent en costumes et sur une musique traditionnelle iranienne. Le plaisir, la liberté, la volupté, l’oubli de soi se lisent sur les visages et dans les gestes. Tarlan (Maryam Boubani absolument exceptionnelle) pressent que sa « fille de coeur » et élève a été assassinée justement parce qu’elle osait poster sur les réseaux sociaux des vidéos de ses prestations chorégraphiques. Tarlan qui défend également les professeurs femmes qui sont enlevées est une femme de tête, de courage, de résistance et de parole, tout ce que déteste le régime tyrannique des mollahs. Aussi vrai que Tarlan chasse avec rage les souris qui envahissent son appartement, le patriarcat rétrograde a décidé d’harceler la vieille femme et de la réduire au silence. Mais Tarlan n’a pas peur de se battre contre des montagnes. Le drame glaçant aux multiples rebondissements sans aucun débordement mais avec beaucoup de pudeur et d’intelligence, célèbre le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Suite au tournage de « La femme qui en savait trop » Nader Saeivar a du fuir à Berlin. La scène qui clôt le film et le générique de fin sont d’une force magnétique. Un film politique mais pas uniquement qu’il faut voir absolument pour sa puissance artistique et par le message qu’il porte comme une bouteille de plus à la mer qui nous parvient d’Iran. Un acte de résistance … Essentiel !
Bon, je trouve que le titre en dit long sur le film, cette retraitée de l’enseignement, syndicaliste à responsabilités, se mêle de tout ( politique, vie privée, famille, voisins, économie, école) évidemment cela a des retombées négatives, Le flm montre clairement que la vie à Téhéran, est un « enfer », les libertés sont bafouées, les gens en viennent aux mains dans la circulation, tout le monde ment à tout le monde ? Je conviens que le rythme du film est agréable, pas de temps mort, mais que la pléthore des personnages apportent une réelle complexité, on peut se sentir perdu, il faut donc retenir le message du film, s’occuper de ses oignons est la meilleure façon de vivre heureux…..Film intéressant que je conseille ; L’Iran c’est pas le paradis, on le constate de plus en plus ;;..
Le titre en farsi du drame de l’iranien Nader Saeivar signifie « témoin ». C’eut été bien plus évocateur que ce titre pâle et faiblard qui se contente de parodier l’inimitable Hitchkock. Car ces 100 minutes sont plus qu’intéressantes, elles sont aussi édifiantes que captivantes. En Iran, Tarlan, professeure de danse à la retraite, est témoin d’un meurtre commis par une personnalité influente du gouvernement. Elle le signale à la police qui refuse d’enquêter. Elle doit alors choisir entre céder aux pressions politiques ou risquer sa réputation et ses ressources pour obtenir justice. Encore un pan de la société des mollahs que nous ne connaissions pas. Glaçant et passionnant. C’est le 1er film arrivé sur nos écrans de cette iranien – encore un nom à ajouter à la longue liste de cinéastes du pays -, qui, comme les Rasoulof, Panahi, Farhadi… au-delà de leur talent, montrent un courage de tous les instants pour s’opposer au pouvoir démentielle de cette théocratie aveugle et cruelle. Il s’est servi de certains éléments de sa propre vie pour les besoins du film. Ainsi, la scène qui montre spoiler: la manière dont une femme est arrêtée par les autorités iraniennes pour ensuite être conduite dans le désert est une expérience vécue également par le cinéaste. Compte tenu de son sujet et de sa dimension hautement politique, il a tourné de manière clandestine en Iran, avant de quitter le pays dès la fin du tournage pour vivre aujourd’hui à Berlin. Le film est inspiré du mouvement Femmes, Vie, Liberté en Iran et a été influencé par certaines choses qu’on a pu voir sur les réseaux sociaux. La Femme qui en savait trop montre notamment des Iraniennes qui ont décidé de se rebeller contre les autorités, à travers le chant, la danse et le retrait du hijab Le scénario est cosigné par le réalisateur Jafar Panahi, qui en a également assuré le montage. Enfin ce drame est auréolé de son Prix du Public à Venise. A voir dès sa sortie le 27 août prochain. L’extraordinaire et charismatique Maryam Boubani est devenue un vrai symbole en Iran au début du mouvement Femmes, Vie, Liberté en étant l’une des premières à retirer son hijab et à déclarer qu’elle ne voulait plus le porter. Elle porte le film fort bien entourée par Nader Naderpour, Hana Kamkar, Abbas Imani, Ghazal Shojaei… Homme ou femme, on ne peut rester insensible face à ce type de récits qui parlent de celles qui voient constamment leur liberté se restreindre ou tout simplement se font tuer au nom de la liberté. Ce beau moment de cinéma aurait pu s’intituler Danser sans hijab surtout pour l’extraordinaire dernière scène de ce film que je ne peux que conseiller à tous et à toutes.
Film magistral. Présenté au Festival International du Cinéma Asiatique. Un beau portait de femme iranienne, superbement filmé. La fin du film émouvante et jubilatoire.
"La Femme qui en savait trop" bien noté par la critique est un drame policier iranien avec certaines qualités. En effet, le cinéaste iranien Nader Saeivar propose aux spectateurs un plaidoyer contre la corruption prévalant dans son pays, tout en soulignant une culture patriarcale omniprésente qui nuit aux femmes, dont les droits sont souvent piétinés dans une société iranienne en souffrance. Très belle performance de l’actrice Maryam Boubani actrice principale du film, bien que l’intrigue perde lentement de son intensité, avec un dénouement quelque peu décevant à mon goût.
Dans La Femme qui en savait trop, Nader Saeivar signe un polar clandestin où l’intime cogne le politique. Tarlan, professeure à la retraite et militante, refuse l’omerta après le meurtre de Zara, professeure de danse, mère de Ghazal et épouse battue. Grand-mère de cœur pour la jeune Ghazal, elle affronte un système corrompu, gangrené par la religion et le patriarcat, qui transforme les femmes en trophées à cacher ou exhiber. Production minimaliste, émotions maximalistes : la mise en scène resserrée filme les visages, les silences, la peur qui rampe dans les couloirs. Le scénario coécrit et un montage signé Jafar Panahi ancrent le récit dans une tradition de résistance. Maryam Boubani, Ghazal Shojaei et Hana Kamkar composent un triptyque bouleversant, chaque regard devenant acte. Au-delà du constat, le film ouvre une brèche : témoigner, danser, persister — un geste après l’autre — jusqu’à fissurer l’emprise.
Superbe film, quel courage ont les femmes Iraniennes pour contrer au péril de leur vie les sévices que leur infligent Les hommes, splendide interprétation
Un film d'une immense finesse qui trace comment s'installe l'extrême violence de cette tiranie du mâle 1vec toute la douceur du parler iranien. Il lui faut les Oscars qu'il mérite, plusieurs, des Césars aussi, des Lions d'Or. Il faut passer le film dans toutes les écoles et il faut enfin le passer à toutes celles qui, dans les pays où les femmes sont libres, se croient malignes de porter le voile et pire, premier pas vers la soumission totale. Bravo à l'actrice principale, aux acteurs, au photographe et aux réalisateurs pour l'intelligence mise dans ce nouveau pamphlet contre la barbarie du régime des Mollahs.
Panahi, assistant de Kiarostami et réalisateur primé de la plus haute récompense dans les trois plus grands festivals internationaux de cinéma ( Cannes, Venise et Berlin) a déjà au cours de sa filmographie abordé le thriller avec l'excellent "Sang et Or " (2003) prix du jury QR cannes 2003, sur un scénario de Kiarostami.
Réfugié en Europe depuis une année environ pour échapper à la vindicte des mollahs, Panahi signe ce scénario remarquable, thriller politique et psychologique, mis en scène avec adresse par un de ses collaborateurs.
Faisant penser à l'iranien " un homme intégre " (2017) ou à " Léviathan " ( 2014 ) du russe Andrei Zviaguintsev, " la femme qui en savait trop " se propose de decrire de l'intérieur, ce que représente de vivre dans un théocratie totalitaire. La plupart s'assoient sur les valeurs humaines essentielles, pour pouvoir survivre mais aussi se perdre soi-même.
Le prétexte du scénario fait office de machine d'excavation qui met à jour, sous des apparences policees, ce qui se cache derrière les apparences.
La peur, la crainte du pire, le dévoiement moral de tous les personnages qui apparaissent à l'écran ( seule la jeune fille semble être une note d'espérance, peut-être momentanée, au vu du générique de fin ) donne un sentiment de répulsion, de nausée face aux travers comportementaux qu'on nous présente.