Dès sa séquence d’ouverture, le film s’affirme dans sa volonté de relier les extrêmes et de tenter les accouplements les plus audacieux. L’espace d’une image de cellule à l’échelle de l’univers, le film amorce son processus d’hybridation des genres et des tons, mariant l’infiniment grand à l’infiniment petit, le physiologique et le psychologique, l’atome et le fantasme, l’intime à l’universel, l’image virtuelle à l’image réelle, le cinéma à la bande dessinée. Dichotomique jusque dans sa structure même, tiraillé entre sa nature de grosse machine hollywoodienne adaptée d’un comics et celle d’un récit tragique moderne, Hulk est un grand film hybride, poussant très loin l’adéquation entre la forme et le fond, totalement à l’image de son héros. A travers une mosaïque de séquences savamment organisée, Ang Lee alterne l’exploration psychologique tout en retenue et en subtilité, le kitch assumé, l’iconoclaste et l’inspiration mythologique, des moments inattendus de poésie, le côté jouissif de séquences à l’énergie phénoménale, puis d’autres, plus intimes, à la limite du théâtre filmé. Prenant le risque de dérouter en jouant sur un nombre incroyable de tableaux différents, le film arrive également à développer un travail passionnant sur l’emploi d’images de synthèse (l’une de ses utilisations les plus intelligentes jamais faites) ainsi qu’une recherche ludique sur le montage et le découpage de l'image, mariage formel parfait entre la BD et le cinéma. Il n’en oublie jamais ses personnages et leurs drames pour autant, traités ici de manière plus fine et plus adulte qu’à l’accoutumée pour ce genre de film (le travail du casting aidant beaucoup). Et puis, pour ses thématiques, ses parti-pris esthétiques, son jusqu’au-boutisme, ses tons pastels, son héros introverti, la musique d’un Danny Elfman à l’inspiration enfin retrouvée, et les beaux yeux de Jennifer Connely, Hulk me touche énormément et se hisse pour moi bien au-delà du simple film de super-héros.