Il y a quelque chose d'assez amusant à revoir Cendrillon en 2026. On connaît tellement l'histoire qu'il est presque difficile de la regarder sans avoir l'impression de l'avoir déjà vue mille fois. La jeune fille maltraitée par sa belle-mère, les deux demi-sœurs insupportables, le bal, la citrouille, la pantoufle de verre, le prince… Tout est devenu tellement familier que l'on pourrait presque oublier que le film de Disney date de 1950.
Et pourtant, malgré ses presque soixante-quinze ans, quelque chose fonctionne encore.
Cendrillon est orpheline et vit sous le toit de sa marâtre, Lady Tremaine, avec ses deux demi-sœurs, Anastasie et Javotte. Elle n'est plus vraiment une fille de la maison : elle est devenue une servante. Même son (sur)nom rappelle la place qu'on lui a attribuée, puisqu'il vient des cendres de la cheminée auprès desquelles elle est contrainte de vivre.
Autant dire qu'elle est plutôt mal barrée dans la vie.
Et c'est peut-être justement pour cela que j'ai aimé retrouver cette histoire. Parce que Cendrillon est avant tout une histoire de revanche sur la vie. Celle d'une jeune femme à qui tout semble avoir été retiré et qui, malgré tout, continue de croire qu'une autre existence est possible.
On pourrait évidemment reprocher à Cendrillon sa passivité. Elle ne renverse pas son foyer, ne s'enfuit pas et ne prend pas les armes contre sa belle-mère. Elle subit beaucoup. Mais je trouve cette lecture un peu injuste. Parce que lorsqu'une occasion se présente, Cendrillon la saisit.
Personne ne veut qu'elle aille au bal ? Elle ira.
Ses demi-sœurs ont tout ce qu'il faut pour être présentées au prince ? Elles pensent peut-être avoir gagné d'avance.
Cendrillon, elle, n'a qu'une robe abîmée, quelques amis souris et une marraine bonne fée qui débarque pour lui donner un petit coup de pouce.
Et finalement, c'est elle qui gagne.
C'est là que je trouve le film encore assez joli aujourd'hui : la magie ne fait pas tout. La marraine transforme une citrouille en carrosse, des souris en chevaux et offre à Cendrillon la possibilité d'entrer dans ce monde auquel elle n'avait pas accès. Mais il faut encore qu'elle ose franchir la porte.
Elle a un rêve, elle a une volonté, et elle tente sa chance.
Alors oui, le prince est probablement le personnage le plus passif de toute cette histoire. Il est la cible de tout le monde, tout le monde veut le placer dans les bras de quelqu'un et, au fond, on se demande presque pourquoi tout le royaume semble autant se battre pour l'épouser. Et puis il y a cette petite bizarrerie devenue difficile à ignorer avec nos yeux d'adultes : il rencontre une femme, tombe amoureux d'elle, mais est incapable de la reconnaître dès qu'elle n'est plus habillée comme au bal. On repassera pour le sens de l'observation.
Pouvons-nous lui pardonner ? Parce que le prince n'est finalement pas vraiment le sujet du film. Il est le symbole de cette vie nouvelle que Cendrillon espère atteindre. Et lorsque ses demi-sœurs, qui semblaient pourtant avoir toutes les cartes en main, échouent à leur tour, il y a quelque chose de délicieusement ironique dans leur défaite.
Elles avaient la maison.
Les beaux vêtements.
Une mère qui voulait absolument les voir devenir princesses.
Cendrillon, elle, avait les cendres.
Et pourtant, c'est elle qui finit par danser avec le prince.
Les souris participent énormément au charme du film. Elles apportent cette petite dose de fantaisie et d'humour qui permet au récit de ne jamais devenir trop lourd. Elles sont adorables, évidemment, mais elles ont surtout quelque chose de profondément Disney dans leur manière d'exister : même lorsque tout semble perdu, Cendrillon n'est jamais complètement seule.
Visuellement, le film reste également très beau. L'animation paraît simple, même si rien n’a du être simple. Comparée aux productions modernes, elle possède cette élégance propre aux grands classiques du studio. Les mouvements sont précis, les décors soignés et l'ensemble possède une douceur qui a traversé les décennies sans complètement disparaître.
Je me demande néanmoins comment un enfant découvrirait aujourd'hui Cendrillon après avoir grandi avec Vaiana, Raya et le Dernier Dragon ou les grandes productions Disney en animation 3D. Le film n'a évidemment plus la même puissance visuelle et son héroïne n'a pas l'indépendance affichée des personnages contemporains.
Mais peut-être que cela dépend simplement de l'ordre dans lequel on découvre les choses.
Si Cendrillon arrive avant tout le reste, je pense qu'il fonctionne encore très bien. Il possède une simplicité que l'on a parfois perdue : une jeune fille, un rêve, quelques obstacles et une soirée qui peut tout changer.
Et puis il y a cette idée qui reste finalement assez universelle : ce n'est pas parce que la vie nous a placés dans les cendres qu'on doit y rester.
Cendrillon n'est peut-être pas l'héroïne Disney la plus moderne.
Elle n'est certainement pas la plus indépendante.
Mais elle continue d'avancer.
Elle rêve, elle tente, elle saisit sa chance et, lorsqu'une porte s'ouvre enfin, elle la franchit.
La citrouille redevient citrouille. Les souris retournent à leur vie. Le carrosse disparaît avec les dernières lueurs de la magie.
Et pourtant, Cendrillon n'est plus tout à fait la même.
Peut-être que c'est cela, finalement, le véritable miracle.