Stalker, de toute évidence, un film menant à une réflexion individuelle et collective sur le sens de la vie.
Tarkovski nous plonge dans une atmosphère de misère, oppressante, dans un milieu délabré. Le travail du son est méticuleux : on entend nettement le bruit des chemins de fer, critique de l'industrialisation, comme on pourra le voir dans la suite du film. Tarkovski est un cinéaste qui prend son temps, prend le temps de poser le cadre avec des plans longs. Cela est d'ailleurs quelque chose qui m'a laissé dans l'attente je dois l'admettre.
Dans le bar, on nous présente le Professeur (science) et l'Écrivain (littérature), en manque d'inspiration. Mais en réalité cet écrivain est là pour essayer de trouver des réponses à ses questions vis-à-vis du désir : nos désirs sont-ils influencés par le monde extérieur ? Mais qu'est-ce que notre propre personne désire réellement ? Le premier plan en couleur est le premier où l'on ne voit aucune présence humaine et sans l'industrialisation (les trains omnipresents). Il demeure ici un silence implacable.
[spoiler]Le Stalker (spirituel) affirme lui même « Et comme c'est beau... parce qu'il n'y a pas âme qui vive ». Ce monde lui semble parfait, car c'est en réalité lui qui a créé ce monde à son image, et l'on est du point de vue du Stalker. Plus nos 3 personnages parcourent du chemin, moins le Stalker semble avoir la situation entre ses mains. 1. Tout d'abord, l'Écrivain souhaite prendre un chemin tout droit au lieu de faire un détour. Le Stalker le laisse y aller, à une condition : qu'il y aille de son plein gré et qu'il l'affirme à voix haute afin que le Professeur en témoigne. 2. Quand le Professeur disparaît et retrouve son sac, c'est lorsqu'il a compris qu'il façonne la Zone comme il le souhaite en croyant à ce qu'il souhaite 3. Le Stalker, par tirage au sort (semble-t-il), laisse passer l'Ecrivain en premier dans le tunnel et semble effrayé derrière. En fait, le Stalker est de moins en moins à l'aise car son propre monde est menacé par des espèces extérieures (L'écrivain et et le professeur). Les amener jusqu'à la Chambre n'est qu'un prétexte pour le Stalker pour pouvoir profiter matériellement de son monde spirituel. Le matériel ne représente que son monde spirituel à lui.
Pour continuer dans un des monologue du Stalker, il affirme « Le chemin est tantôt aisé, tantôt labyrinthe inextricable […] c'est la Zone […] elle est ce que notre état psychologique en fait. » : c'est nous mêmes qui fixons nos propres limites et notre perception de la réalité (plus on moins difficile dans le cas des épreuves de la Zone), on peut percevoir une même chose d'une manière ou d'un opposé. Puis « Mais tout ce qui a lieu ici ne dépend que de nous. La Zone n'y est pour rien » : la Zone représente notre propre combat, cette idée se confirme avec « L'essentiel, c'est qu'ils en viennent enfin à croire en eux-mêmes » (1:04:00). Puis « elle laisse passer ceux qui n'espèrent plus rien » : ce qui doit venir à nous viendra d'elle-même, il ne faut pas le vouloir à tout pris car cela perd de tout son sens (discours à 1h du film). « Le retour ne se fait jamais par le même chemin » : ce que nous vivons nous change à jamais et il n'est pas possible de faire marche arrière.
En poursuivant notre quête, Tarkovski montre la pollution des rivières, des seringues, des armes, des boulons, des pièces, critique de l'industrialisation et du matérialisme. Avançons dans l'histoire. Lorsque l'Ecrivain arrive dans la pièce de sable, il comprend enfin que la Zone est sa propre pensée, un lieu que son état psychologique profond crée : cette idée se confirme avec le corbeau que l'on voit disparaître puis réapparaître (il sème le désordre dans le monde du Stalker). Désormais l'Ecrivain n'a plus peur, il contrôle son esprit : il s'assoit près du puit. Il affirme « Les faits, ça n'existe pas » car il perçoit la chose tel qu'il le souhaite. Mais cela engendre souffrance car il se rend compte qu'il a toujours été ce qu'il nétait pas « Ils m'ont fait à leur image et leur ressemblance. L'Homme n'est qu'un consommateur « Ils ne pensent qu'à se bâfrer ».
Après, c'est au tour du Professeur de ne plus avoir peur, lors de l'appel téléphonique, « Et là, je n'ai peur de rien ». Pour lui, il faut détruire cette Chambre qui peut représenter une convoitise destructrice.
À la fin de ce périple, on a le Stalker qui croit éperduement à la Chambre, l'Écrivain qui n'y croit pas, et le Professeur qui pense que l'Humanité entière y croira. Pour finir, le fait que la fille du Stalker bouge les verres par la pensée montre que l'on né avec une croyance pré établie, influencé sans même pouvoir encore croire ou ne pas croire : en effet, si elle bouge les verres, c'est qu'elle y croit, mais cette croyance a été transmise par son père.
Il y a 2 points qui m'ont moins plu dans ce film : un film contemplatif et donc très lent, rendant le revisionnage moins attrayant pour ma part. Aussi, les dialogues et monologues sont omniprésents, ce qui fait que la caméra est moins utilisée pour nous faire part de la vision de Tarkovski.
Tout ceci n'est qu'une interprétation personnelle au premier visionnage du film.