37°2 le matin vous enchante pour mieux vous foudroyer. Sans Betty, Zorg ne serait rien car c'est elle qui le réveille, qui le pousse à écrire, qui le fait devenir quelqu'un. Elle est tout ce qu'il n'ose pas être : le culot, la rage, la flamme qui le crée autant qu'elle le consume. Dès les premières minutes, le sexe s'impose, ni honteux ni sacré, une intimité crue qui fait de l'amour une évidence. Mais sous la passion couve déjà une fêlure qu'on ne nomme jamais : aimer quelqu'un qui sombre, et le suivre par amour jusqu'au bout. Béatrice Dalle est sidérante, femme-enfant impossible à dompter, avec dans la scène de l'effondrement des yeux si brisés qu'on les garde en tête longtemps après. En face, Jean-Hugues Anglade lui répond en pilier tendre, celui qui suit jusqu'au bout. C'est leur alchimie, plus que l'un ou l'autre, qui emporte tout, portée par des dialogues qui basculent de la crudité à l'humour noir, puis à de vraies envolées.
Visuellement, c'est somptueux : le bleu du ciel, le rouge qui revient sans cesse, les bungalows repeints, un écrin trop beau pour une histoire qui finit mal. Et cette beauté rend le naufrage plus cruel encore. La musique de Gabriel Yared, d'une vraie originalité, épouse le film au point d'arracher des frissons et quelques larmes sans prévenir. Oui, c'est long (presque trois heures) mais on ne s'ennuie pas (je l'ai vu en deux fois pour souffler, et je le conseille). Il ne faut pas y chercher d'intrigue : ce sont des tranches de vie, du vent, de la liberté. Et derrière le couple surgit tout un portrait, celui d'une France des années 80, bohème et amoureuse de ses marginaux. C'est un paradis qui se construit sous nos yeux et qu'on regarde brûler, et c'est cette odeur de cendre, celle d'une vie d'abord colorée puis calcinée, qui nous reste dans le nez.