"Philadelphia" fait partie des films très importants de son époque, autant sur le plan cinématographique que culturel. Arrivant au milieu des années 90, dans une période où le sida commençait à être vraiment connu de tous, il fut une belle pièce de tolérance à un moment où les clichés sur cette maladie se répandaient un peu trop facilement. Ici, l'objectif est donc bel et bien de combattre ces préjugés, au sein d'une histoire inspirée de faits réels. Et pour aller au combat, il faut dire que l'idée de développer ce sujet sous l'angle d'une bataille juridique pouvait paraître étrange, mais celle-ci s'avère finalement être la grande force du long-métrage. Déjà, car le choix de la ville de Philadelphie est assez malin, cette dernière ayant été fondée dans le but de servir d'exemple de tolérance aux autres nations. On y découvre alors une vraie opposition entre cette intention initiale et l'intolérance qui va parcourir le scénario. Le principe sera donc bien de répondre directement à ces clichés, notamment via une approche particulièrement réaliste. À tous les niveaux, le film essaie d'ancrer son récit dans un monde faisant écho au nôtre, et ce, en plusieurs étapes. Cela commence en se moquant des personnages remplis de préjugés, l'humour jouant sur la méconnaissance de ceux-ci. On le voit ensuite dans la réalisation se voulant très proche de nos héros, afin de renforcer notre attachement à leur combat, la caméra optant même parfois pour de très gros plans qui peuvent être déstabilisants en comparaison avec d'autres films. Et enfin, on le ressent surtout dans cette envie de ne pas jouer sur du sensationnalisme. Pour être honnête, j'ai eu un peu peur que, au vu du sujet, le projet aille rapidement vers une ambiance servant à nous faire tirer des larmes à tout prix, au moyen de techniques de réalisation très simples et déjà vues. Cependant, c'est exactement l'inverse qui se produit, car j'ai même été assez surpris de voir que le scénario refuse d'offrir un contenu trop explosif lors du procès. Si certains dialogues sont un peu plus forcés que d'autres durant ces passages, le déroulé de celui-ci ne va jamais chercher à s'éloigner de la réalité. Ainsi, il est même assez surprenant de ne pas ressentir d'énormes effusions de joie à l'approche du verdict, l'intérêt n'étant de toute façon pas là-dedans. On sent bien que la victoire ou la défaite de notre personnage importe peu, car c'est surtout le message que ce dernier a à transmettre qui compte. Cela dit, ce n'est pas pour autant que la mise en scène ne sait pas se lâcher à certains instants, mais c'est toujours fait de manière cohérente et logique en comparaison du reste. Je pense notamment à la séquence de la chanson d'opéra, qui est vraiment captivante pour ce qu'elle est, ou à la dernière séquence, très simple, mais efficace comme il se doit. Et évidemment, le dernier point fort servant à porter au mieux toute cette identité fut l'interprétation du casting, et je dois dire que le duo de tête du film s'en sort à merveille dans cet exercice. D'un côté, Tom Hanks est particulièrement touchant dans son approche du personnage malade, ce dernier ayant été largement récompensé à raison pour son jeu. Et de l'autre, Denzel Washington livre probablement sa meilleure performance, dans un personnage pourtant peu évident à interpréter. Lui qui est également rempli de préjugés au début du scénario, son approche plus directe et peu émouvante envers Andrew va finalement être la force de son rôle d'avocat. S'il va forcément assouplir son jugement au fur et à mesure du récit, j'ai aimé le fait que l'histoire ne tombe pas dans les clichés du personnage acolyte qui devient extrêmement tolérant sans raison au bout de tout cela. Justement, le fait de le confronter à ces clichés de base, sans tomber dans ce piège, témoigne une nouvelle fois de la réelle envie du long-métrage. Celui-ci n'a pas envie d'être une ode à la culture homosexuelle et d'être frontal dans son approche, mais bien plus de viser les stéréotypes précis tournant autour du sida à cette époque et d'y répondre. Ce fait de s'arrêter là pourra alors probablement gêner certaines personnes, mais c'est pour moi ce qui fait sa grande qualité. J'ai rarement eu l'occasion de découvrir ce genre d'œuvres choisissant volontairement une approche aussi simple et resserrée pour les besoins d'une époque, et j'ai donc particulièrement apprécié l'expérience. Ce film ne ressemble clairement à aucun autre, ce qui le rendra peut-être compliqué à voir pour certains, mais c'est ce qui le rend franchement excellent pour moi. Pour conclure, un long-métrage vraiment important.