"Somebody will write a book about me one day. Psychologists will profile me. Perhaps one of those horror-meisters will write a novel."
Quelque part entre Psychose et No Country for Old Man, Harry Treadaway et l'incommensurable Brendan Gleeson se donnent la réplique à distance au milieu d'une foule d'autres caractères plus ou moins protecteurs, plus ou moins contrariants, sur fond de tuerie de masse non résolue.
Le pitch presque réduit à un simple prétexte durant la plupart des épisodes, la série permet d'exposer, sans fards, le visage des Etats-Unis de manière brute et sans concession, une fresque sociale dans tous ses travers.
Le thriller est lui parfaitement équilibré.
"Who knew that you could make me happy, make me whole anyway."
La deuxième saison démarrant sur le même pied vire pourtant brusquement en empruntant les travers propres à Stephen King, une lichette de surnaturel par-ci, un doigt de pseudo-science ridicule par-là, un peu de complotisme tendance Big Pharma, un chouïa d'incohérence, comme cette chambre d'hôpital où tout le monde rentre comme à la supérette du coin, et l'ensemble finit par s'embourber dans du prévisible, ce qui est un comble. Même la BO, si présente dans la première saison, et le générique, chaque fois modifié de petits détails, sont ici insipides, banals. En résumé, des péripéties inutiles afin de correspondre au format initial. Dommage.
Dommage parce que cette suite tient malgré tout éveillé grâce à une réalisation classique mais irréprochable et à la qualité de certaines interprétations, dont les deux acteurs principaux mais aussi Justine Lupe (Holly) et Breeda Wool (Lou) ainsi qu'en évitant le piège de la répétitivité. Les derniers épisodes auraient ainsi pu être étirés quelque peu, tant le sujet de l'identité est autrement plus porteur que le bullshit surnaturel des péripéties.
"Irish people got that way about authors. It's a thing. I heard once that Colin Farrell screams "James Joyce" when he orgasms."
La troisième saison, encore différente des deux autres, ressemble à une sorte de mélange entre une sitcom et une série policière des années '80, mal ficelée, interprétée mollement, sans âme et sans intérêt. L'entrelacement de deux histoires apparemment sans connexion n'aide par ailleurs pas à s'immerger totalement dans l'une ou l'autre et, malgré quelques bons moments, trop de péripéties tirées en longueur pour atteindre le format 10 x 1 heure empêchent d'atteindre une réelle profondeur comme la première saison, surtout, et la seconde, en partie, le permettaient. Ainsi, l'idée d'une narration façon procès, pour intéressante qu'elle est a fortiori dans un format long, reste parcellaire et la mise en abyme littéraire passe mal en format visuel, malgré mais peut-être aussi à cause d'artifices trop évidents.
S'il faut retirer quelque chose de la troisième saison, c'est l'humour noir, trash, gore voire, qui émane de la seconde partie même si on ne sait pas si c'est volontaire ou un rien grotesque.
Au final, cette série vaut essentiellement pour la première saison, digne des meilleures oeuvres du genre.