4.5 - Excellent
L'histoire d'un réalisateur fou qui a rêvé la fin de la seconde guerre mondiale, comme Bush avait rêvé la mort de Ben Laden.
Si quelque chose est évident depuis le début avec Tarentino, c'est qu'il est né pour s'amuser. Et c'est tant mieux pour nous, enfin pour ceux qui savent rire.
On a parlé de Melville, mais à part le sujet, il n'y a rien de ce réalisateur sérieux et triste qui est à cent lieux de Quentin. Par contre, c'est un hommage constant à Sergio. Et très réussi. La scène western du chalet des Alpes françaises est un délice, le suspense de l'arrivée des allemands sur la colline, le sort des trois jeunes filles, le bavardage incessant et diplomate des deux protagonistes, l'apothéose du règlement de compte, le jeu du chasseur avec la proie, tout est au niveau des meilleurs western spaghetti. L'humour immonde en plus.
Tarentino réussit le tour de force de se moquer de tous, de réinventer l'histoire à la sauce d'un profond humaniste doublé d'un féministe qui se demande sincèrement comment on en est arrivé là. Cette boucherie qui est inconcevable aujourd'hui parce qu'on ne s'intéresse plus qu'à son plaisir personnel, laisse pantois le jeune happy few cinéphile. Qui choisit de « refaire le match » à sa manière. Et c'est génial car il remet tous les travers de chaque contrée à sa place. L'arrogance inculte américaine qui fonce dans le tas, l'aristocratie bourgeoise allemande qui réfléchit plus que bien et son pendant : la classe insouciante artistique sentimentale qui joue à se faire peur sans avoir l'expérience de la guerre. Enfin, la fantaisie approximative européenne qui n'a de résultat que dans ses actes désespérés. Il couronne le tout dans un magnifique élan de jeune quadra qui n'a rien connu des histoires nazi/juives et qui pense que les juifs askhénazes se seraient battus comme les israëliens d'aujourd'hui contre les pierres de la Palestine. Tout cela est bien sûr faux, mais en histoire, ce serait un rêve, ou mieux, un fantasme de mec cool.
Ne faisons pas l'affront à ce grand artiste de ne pas avoir compris qu'Hitler n'est pas devenu le plus grand dictateur par hasard et sans l'accord de tous, bons ou méchants. Comment quiconque peut imaginer que les armes, l'acier, et bien sûr la finance n'étaient fournis que par l'Allemagne. Si c'était le cas, les Nazis seraient depuis longtemps les maîtres du monde. Non, c'est par des jeux immondes en off des plus grandes places financières, des xénophobies les mieux ancrées car basées sur la concurrence et non sur l'idéologie et aussi l'esprit pragmatique de deux pays qui avaient le plus d'intérêts économiques a une guerre mondiale, Hitler a été jusqu'au bout parce qu'on l'a laissé faire.
L'histoire du Vietnam, de Cuba, de l'Irak et de Ben Laden ont depuis longtemps montré les méthodes des « assassins » venus de l'anglosaxonnie pour ne pas laisser d'illusion. La seule chose qui empêchera de savoir un jour la vérité, c'est que trop d'innocents sont morts, les conséquences furent trop horribles pour imaginer qu'un jour on apprenne d'où venaient les munitions des Messerchmit allemands quand ils décimaient les populations et les avions anglais ou français.
Bizarrement, les choses sont plus claires pour la guerre avec le Japon, où les erreurs et les provocations américaines sont communément admises jusqu'à la funeste conclusion des deux bombes qui seraient aujourd'hui qualifiées de crimes de guerre.
Pas d'inquiétudes, Tarentino sait tout ça, et s'il se moque des saloperies des gouvernements et des travers de chaque culture, c'est pour mieux retrouver l'humanité de chacun, qui se définit quoiqu'il arrive par la vengeance et la violence, mais au moins on se marre un peu.
Quentin respectant justement le courage de tous les juifs, arméniens, hongrois et autres Français qui ont sabotés l'occupation allemande, il se place sans jamais dépasser la ligne de la fiction pure.
L'humour à froid de Quentin est tellement bien trouvé qu'on se met à ressentir plus profondément encore ce qui ont été les angoisses et les peines de cette époque, où les choix personnels menaient plus ou moins rapidement à la mort ou à la survie honteuse. Car à chaque scène « difficile » et maîtrisée pour laisser une certaine nonchalance, il y a la tension qui surgit pour nous rappeler que c'est plus facile à regarder qu'à vivre. C'est un chef d'œuvre dans ce sens, il joue avec nous, mais l'émotion est juste derrière, en évitant le mélodrame ou la mièvrerie. En faisant la part belle à la folie humaine.
Surtout, il y a des scènes d'anthologie, tout ce qui se passe dans le cinéma de Mélanie est magnifique, l'idée des morts et de leur image à l'écran est superbe, le féministe qui donne encore cet amour maternel profond à une femme qui oublie sa mission sanguinaire, ce film est vraiment travaillé de la plus belle manière.
Un réalisateur s'est amusé, il a réfléchi, il a agit en virtuose, et l'on se régale intégralement, que l'on aime ou pas Tarentino à mon avis. Il suffit d'ouvrir les yeux sans à priori.
Ajoutée le 05 févr. à 13h03
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