Le Dîner de cons, Au revoir là-haut, Les Rivières pourpres… Du rire aux larmes, retour sur 130 ans d’émotions au cinéma
Élise Gries-Braun
Élise Gries-Braun
-Rédactrice ciné-séries
Apaisée à la seule vue de la cassette de Mary Poppins et au déhanché de John Travolta, Élise passe allègrement de la chanson aux larmes, avec une préférence pour les comédies dramatiques françaises et les films indépendants d'ici ou d'ailleurs.

Du Dîner de cons aux Rivières pourpres, Gaumont traverse les générations et les genres depuis 130 ans. Comédies culte, drames poignants, séries populaires : chronologie de ces œuvres qui ont fait rire, pleurer et vibrer des millions de spectateurs.

Rire “à la française” : Gaumont, maître de la comédie

S’il y a bien un terrain sur lequel Gaumont excelle depuis des décennies, c’est celui de la comédie. De la farce potache aux bijoux d’humour noir, la société a largement contribué à forger ce fameux rire “à la française”, subtil mélange d’autodérision, d’absurde et de rocambolesque.

Dans les années 70, Gaumont produit Le grand blond avec une chaussure noire, satire hilarante des services secrets, avec une mécanique comique parfaitement huilée. Pierre Richard y incarne, aux côtés de Mireille Darc, Jean Rochefort et Bernard Blier, l’un de ses personnages les plus emblématiques dont l'innocence est poussée à l'absurde. Avec ses scènes mythiques, le film d’Yves Robert (La Guerre des boutons), fera même l'objet d'un remake américain 13 ans plus tard dans The Man with One Red Shoe, avec Tom Hanks.

Les années 1990 et 2000 voient éclore une comédie plus ancrée dans le quotidien et les névroses familiales. C’est l’époque du piquant Cuisine et dépendances (1993) de Philippe Muyl, adapté de la pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, ou encore Le Dîner de cons (1998), sommet de cruauté jubilatoire signé Francis Veber. Le rire se fait alors plus grinçant, souvent miroir des petites lâchetés et travers ordinaires.

Gaumont

Impossible de ne pas citer Intouchables (2011) d’Eric Toledano et Olivier Nakache qui réunit plus de 51 millions de spectateurs dans le monde. Le film, qui raconte l’histoire vraie et touchante de l’amitié entre Philippe, un riche aristocrate devenu tétraplégique (joué par François Cluzet), et Driss, un jeune homme de banlieue fraîchement sorti de prison (incarné par Omar Sy) aura un retentissement mondial : nomination aux Golden Globes pour le meilleur film étranger, il fera également l'objet de plusieurs remake (aux États-Unis, en Inde ou encore en Argentine), signe de son impact culturel global.

En 2014, Gaumont produit Les Garçons et Guillaume, à table !, adaptation du seul-en-scène autobiographique éponyme de Guillaume Gallienne. Le comédien y retrace son parcours identitaire : celui d’un garçon maniéré, élevé par une mère qui le considère presque comme une fille, et sa quête pour comprendre sa sexualité et s’affirmer. Avec un ton à la fois comique, sincère et émouvant, le film aborde des thèmes profonds tels que l’identité, le genre, la famille et la pression sociale. Démontrant que la comédie peut aussi être un vecteur puissant pour explorer des sujets sérieux avec légèreté et intelligence, cette fable subtile rencontre un large succès, puisque couronnée par cinq récompenses lors de la 39e cérémonie des César.

Quand les drames Gaumont racontent notre société et ses évolutions

Depuis ses débuts, Gaumont a produit ou accompagné des drames puissants, qui explorent les blessures de l’Histoire et les failles humaines.

La Rafle (2010) de Rose Bosch, retrace avec sobriété et émotion la tragédie de la rafle du Vél' d'Hiv en 1942, opération orchestrée par la police française sur ordre des nazis qui a conduit à l’arrestation de plus de 13 000 Juifs entassés au Vélodrome d’Hiver avant d’être déportés vers les camps d’extermination. Le film suit le destin de familles juives déportées, notamment celui du jeune Joseph Weismann. Largement diffusé dans les établissements scolaires, La Rafle a ainsi contribué à remettre en lumière un épisode tragique et longtemps occulté de l’Histoire française.

En 2017, avec Au revoir là-haut, Albert Dupontel mêle esthétique baroque et douleur post-traumatique dans une fresque sur les gueules cassées, adaptée de la saga littéraire de Pierre Lemaître, couronnée de 5 César.

La même année, le drame Patients relate une histoire directement inspirée de l’expérience personnelle de son co-réalisateur, Grand Corps Malade. Après un grave accident, Ben (Pablo Pauly), jeune sportif, intègre un centre de rééducation où il doit réapprendre à vivre avec un handicap. Entouré d'autres patients, il découvre la force de l’amitié, de l’humour et de la résilience dans un quotidien difficile mais plein d’humanité.

Enfin, Ma mère Dieu et Sylvie Vartan (2025), porté par Leïla Bekhti et Jonathan Cohen, fait le récit de Roland, petit dernier d’une famille nombreuse qui naît avec un pied-bot. Contre l’avis de tous, sa mère lui promet qu’il marchera comme les autres et qu’il aura une vie fabuleuse. Inspiré d’une histoire vraie, ce film drôle et bouleversant dépeint le destin incroyable d’un garçon handicapé où tout devient possible grâce au plus grand amour qui soit : celui d’une mère pour son enfant.

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Qu’il s’agisse de drames d’époque ou de tensions familiales modernes, Gaumont continue de tisser, à travers ses productions, une mosaïque d’émotions fortes pour dessiner une mémoire collective de nos sociétés.

Du suspense à l’angoisse : Gaumont, c’est aussi des émotions extrêmes !

Gaumont s’est aussi largement imposé dans les genres du thriller et de l’horreur. Depuis plusieurs décennies, la société produit des films qui captivent, angoissent et bouleversent, en explorant parfois les zones d’ombre de la psyché humaine.

Dans les années 90, Nikita a révolutionné le thriller français en mêlant action, tension psychologique et émotion brute. Ce film emblématique, porté par Anne Parillaud dans le rôle d’une jeune femme transformée en tueuse, a marqué les esprits et influencé de nombreux cinéastes.

Dans un registre plus psychologique, Gaumont a accompagné des œuvres à la croisée de l’angoisse et du mystère. En 2000, Les Rivières Pourpres, avec Jean Reno et Vincent Cassel, entraîne le spectateur dans une enquête haletante au cœur des Alpes, où des meurtres énigmatiques révèlent peu à peu un secret profondément enfoui. La mise en scène sombre et quasi glaciale, signée Mathieu Kassovitz, accentue la tension permanente, tandis que le scénario maintient une ambiguïté troublante jusqu’au dénouement. Ce cocktail unique confère au film une identité marquante dans le paysage du polar français, et même à l’international.

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Gaumont a également produit la célèbre série Hannibal (2013), mélange subtil de thriller et d’horreur qui met en scène Hannibal Lecter, le personnage de fiction créé par le romancier Thomas Harris et incarné avec brio par Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux. La série raconte la rencontre entre Will Graham (Hugh Dancy), profileur de grand talent mais psychologiquement instable, et le psychiatre Hannibal Lecter interprété par le charismatique Mads Mikkelsen (La Chasse, Drunk), véritable tueur en série psychopathe et cannibale.

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Enfin, des thrillers plus récents comme La Nuit se traîne (2024), qui se déroule à Bruxelles, au milieu d'une manifestation du mouvement Black Lives Matter, témoignent d’un goût pour les intrigues policières ancrées dans le réel, où l’enquête se double d’un travail sur les émotions et la paranoïa, renforçant la tension dramatique.

À travers ses films et ses séries, Gaumont a su capter les sensibilités de son temps, tout en accompagnant des cinéastes audacieux et des récits populaires. Une longévité rare, portée par une seule mission : émouvoir.

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