En 1995, le Japon découvre une oeuvre de science-fiction qui va révolutionner le genre : Ghost In The Shell. Ce film d'animation complexe à la Blade Runner mettra deux longues années à débarquer dans nos contrées françaises, le 29 janvier 1997.
Immédiatement, le long-métrage devient un phénomène ; même s'il n'attire que 114 000 curieux en salles, il connaît un succès dans les vidéo-clubs, sous l'impulsion de cinéastes comme Steven Spielberg ou James Cameron, qui ne tarissent pas d'éloges sur le film.
Le réalisateur de Terminator qualifiera même le long-métrage de "chef-d'œuvre visionnaire". Son commentaire sera même fièrement affiché sur les affiches de Ghost In The Shell à l'époque. Par ailleurs, Spielberg a toujours voulu l'adapter en live action, avant que Rupert Sanders n'hérite du projet en 2017 avec Scarlett Johansson.
"C'est le premier film d'animation véritablement destiné aux adultes à atteindre un niveau d'excellence littéraire et visuelle", a également souligné James Cameron, cité dans FarOutMagazine. "Même à Hollywood, rares sont les films qui dépeignent clairement l'influence et le pouvoir des ordinateurs. J'ai pensé que ce thème serait mieux mis en valeur à travers l'animation", a commenté de son côté le génial réalisateur Mamoru Oshii.
Production I.G
Un Futur inquiétant et fascinant
Ghost in the Shell est une plongée vertigineuse dans un avenir troublant, aussi fascinant qu’inquiétant. Imaginé par le mangaka Masamune Shirow, ce récit visionnaire nous transporte dans un Japon ultra-technologique des années 2030, où les frontières entre l’homme et la machine se brouillent jusqu’à disparaître.
Au cœur de cette odyssée cybernétique, le major Motoko Kusanagi, cyborg d'élite au corps mécanique et à l'esprit affûté, incarne l’un des personnages les plus emblématiques du genre. Bras armé de la Section 9, unité spéciale anticriminelle, elle traque sans relâche les menaces qui surgissent des profondeurs du Réseau, un Internet évolué devenu aussi vital que dangereux.
Son principal adversaire : un cybercriminel insaisissable connu sous le nom de Puppet Master (le Marionnettiste), capable de pirater non pas des machines, mais des consciences humaines, ces "ghosts" qui font encore la singularité de l’être vivant dans un monde saturé de prothèses et d’implants.
Mais la traque prend une tournure véritablement dramatique lorsque Kusanagi découvre que cet ennemi redouté n’est pas un simple hacker… mais une intelligence artificielle auto-émergente. Une entité sans corps née du flux numérique mondial, dotée pour la première fois d’une conscience propre. Et ce nouveau-né de la machine n’a qu’une ambition : évoluer.
Pour mettre en place ce projet, il ne souhaite pas se reproduire à l’infini comme un banal virus, mais en fusionnant avec un être humain pour donner naissance à une forme de vie inédite, unique, libre. Le Marionnettiste choisit Kusanagi pour cette union troublante.
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Un robot a-t-il une âme ?
Il ne s’agit plus seulement de cybersécurité ou de justice : il est ici question de transhumanisme, d’identité, et du sens même de l’existence. Porté par une esthétique saisissante et une réflexion philosophique profonde, Ghost in the Shell nous confronte à une question fondamentale : que reste-t-il de l’humain quand l’esprit peut se détacher du corps ? Un robot peut-il être doté d'une âme ? Une oeuvre culte, à la fois enquête policière, manifeste existentiel et poème cybernétique.
Et la matrice fondatrice de ce récit n'est autre que le major Motoko Kusanagi, héroïne puissante, fidèle héritière de Ripley (Alien) et Sarah Connor (Terminator). D'ailleurs, dans l'excellente version française dirigée par Jean-Marc Pannetier, spécialiste de l'animation japonaise (il a oeuvré sur de nombreux Miyazaki), c'est l'actrice Tania Torrens qui double ce personnage. Cette comédienne, disparue en 2024, n'était autre que la VF de Sigourney Weaver, alias Ripley dans la saga Alien !
Par ailleurs, on retrouve aussi le regretté Daniel Beretta sur le personnage de Batou. Ce comédien était la VF incontournable d'Arnold Schwarzenegger.
Indépendante, forte et extrêmement complexe, Kusanagi est une figure pionnière de la science-fiction cyberpunk. On ressent toute sa puissance et sa détermination dès la scène d'ouverture, dans laquelle on la voit en pleine action, s'élancer du haut d'un immeuble. Juste avant, le générique venait de nous mettre une gigantesque claque, avec cette création du major rythmée par la musique envoûtante de Kenji Kawai.
Si elle est entièrement cybernétisée, le corps de Motoko étant artificiel, son "ghost" (son esprit ou âme) reste humain. Cela pose des questions fondamentales sur l’identité et la conscience. Le monde qu’elle habite est saturé de technologies, de réseaux ou d’intelligences artificielles, et elle devient le symbole d’une humanité augmentée, menacée par sa propre évolution.
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Une personnage avant-gardiste
Motoko n'est pas seulement un personnage de science-fiction redoutable au combat, c'est aussi une personnalité philosophique, quasi-existentialiste. Sa voix résonne de façon encore plus pertinente à notre époque, où le public est en quête de repères face à l’IA, au transhumanisme, et au numérique.
En tant que major de la Section 9, un groupe d’élite chargé de la cybercriminalité, elle prend les commande avec autorité, prend les décisions qui s'imposent, et agit avec sang-froid et autorité. Elle n’est pas simplement réduite au simple rang de femme "badass" : ses dilemmes intérieurs la rendent nuancée, presque fragile, parfois mélancolique.
Aux côtés de son fidèle équipier Batou, Motoko va tenter de mettre fin aux agissements criminels du Marionnettiste, multipliant les morceaux de bravoure. Cet avenir, on commence à le percevoir en 2025, avec notamment l'essor des Intelligences Artificelles, mais aussi des technologies d'exosquelettes pouvant aider des personnes handicapées à marcher.
Encore récemment, des chercheurs ont rendu la vue à un patient grâce à une prothèse fabriquée à partir d'une de ses... canines, a rapporté Ouest France. Nous sommes donc au début de l'ère des humains augmentés, avenir dépeint de façon visionnaire dans Ghost In The Shell.
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Un héritage inestimable
Et si le film d'animation vous rappelle les thèmes d'un certain Matrix, sachez que c'était totalement volontaire de la part des Wachowski, qui ont notamment repris l'idée des lignes de codes vertes, que l'on peut voir dans le générique de Ghost In The Shell.
Le design de Motoko a également grandement influencé la SF moderne, avec sa combinaison moulante, ses cheveux violets et son regard perçant. Cet esthétique a contribué à la rendre iconique, inspirant des œuvres majeures comme Matrix, Ex Machina, Blade Runner 2049 ou encore la récente série Alien Earth, qui met en scène des enfants mourants, dont la conscience est transférée dans un hôte cybernétique.
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Icône visuelle et culturelle de la science-fiction, Motoko est le miroir d’une humanité qui se cherche dans un monde technologique en pleine mutation. C'est pourquoi son héritage est extrêmement puissant aujourd'hui. Si vous avez envie de (re)voir Ghost In The Shell avec les yeux de 2025, ça tombe bien, le film est disponible sur Prime Video et HBO Max.