Il y a 37 ans, Katsuhiro Ôtomo nous offrait un monument de la science-fiction et du cinéma d'animation : Akira. Le récit nous emmène en juillet 1988. Une mystérieuse explosion détruit Tokyo, déclenchant la troisième guerre mondiale.
Un récit sombre et lugubre
31 ans plus tard, en 2019, Néo Tokyo, la mégalopole construite sur la baie de Tokyo a retrouvé sa prospérité d’antan et se prépare à l’évènement majeur des Jeux olympiques de 2020.
Dans l'ombre, les choses sont moins réjouissantes, le chômage augmente, les actions des dissidents se multiplient, et les citadins cherchent leur salut dans les cultes religieux et les drogues. Les plus jeunes se réunissent en gang rebelles et se défient dans d’interminables courses de motos à travers la mégalopole.
Au cours d’une de leurs échappées, Kaneda et Tetsuo manquent d’écraser un enfant. C'est un garçon étrange, au visage de vieillard, appelé Numéro 26. Kaneda et ses amis sont arrêtés par la police alors que le petit et Tetsuo sont emmenés par l'armée.
Ce dernier est fait prisonnier dans un laboratoire et devient l’objet de tests ultrasecrets qui le dotent de pouvoirs surnaturels. C’est là qu’il apprend qui est Akira, ce garçon à la force incroyable à l’origine de la destruction de Tokyo, il y a 31 ans.
Dans une séquence située du début du film, Kaneda et sa bande affrontent un gang rival dans les rues nocturnes de Néo-Tokyo. Après avoir mis au tapis un de ses adversaires, le héros freine brutalement, effectuant un dérapage en glissant pour s'arrêter au milieu de la route. Ce plan, extrêmement stylisé, est devenu véritablement iconique, au point d'être copié, parodié, réutilisé dans des dizaines de films, séries ou clips !
Kôdansha
Un plan iconique
La vidéo ci-dessous compile la plupart des références à cette scène d'Akira, et vous pouvez vous amuser à toutes les retrouver ! On peut ainsi voir la même glissade à moto dans la série animée Batman, Gargoyles, Les Tortues Ninja (2003), Teen Titans, Star Wars Clone Wars, Yu-Gi-Oh, Pat Patrouille, le film, Black Clover, Digimon Adventure ou encore Detective Conan.
Par ailleurs, le réalisateur Jordan Peele reproduira exactement la séquence dans son thriller de science-fiction Nope, sorti en 2022.
Pourquoi un tel engouement ?
Depuis 37 ans, ce plan n'a de cesse d'inspirer les auteurs de SF, devenant au fil du temps légendaire. Mais pourquoi un plan fugace d'une moto qui dérape est-il devenu aussi iconique ? Katsuhiro Ôtomo a su créer une image simple, lisible et immédiatement mémorable, portée par un héros, Kaneda, en veste rouge, pilotant une moto rouge.
Cette couleur vive, au centre d'une composition graphique forte (angle bas, étincelles, traînée lumineuse), rend la scène directement identifiable. C’est exactement ce qui fait une icône visuelle. Le réalisateur japonais et son équipe d'animateurs ont fait preuve ici d'une démonstration de maîtrise technique inédite.
En 1988, l’animation nipponne atteignait ici un sommet. Ce plan bénéficie d'une gestion réaliste de l’inertie, du poids et de la friction, avec une synchronisation parfaite du son (freinage, moteur, silence juste après). Ainsi, le dérapage se sent physiquement et nous prend aux tripes, en plus d'être extrêmement cool grâce au charisme de Kaneda.
Beaucoup de créateurs occidentaux ont découvert avec Akira que l’animation pouvait transmettre une sensation de masse et de vitesse, pas seulement du style. De plus, cette glissade résume à elle seule toute l'esthétique cyberpunk, avec la mégalopole nocturne, sa jeunesse marginale, une technologie séduisante mais dangereuse, et une rébellion sans cause claire.
Kôdansha
Show, don't tell !
Ce plan démontre aussi qu'un personnage est toujours mieux défini par l’action que par les mots. Kaneda n'a même pas besoin de parler, son dérapage est une sorte de résumé de sa personnalité, illustrant sa témérité, son leadership et sa confiance en lui, confinant à l’arrogance. Beaucoup de films ont repris cette idée, celle qui consiste à présenter un personnage principal par un geste iconique au lieu d'une exposition verbale. Le "Show, don't tell" pur et dur.
Enfin, il faut noter le contexte dans lequel Akira est sorti, à la fin des années 80, quand l'animation japonaise n'était pas encore aussi populaire que maintenant. Elle était même plutôt dénigrée, mais commençait à devenir de plus en plus un phénomène culturel, de Dragon Ball à Goldorak en passant par les oeuvres de Miyazaki.
Le film débarque donc au bon moment, dans un Japon marqué par la croissance technologique et l’angoisse nucléaire, juste avant que l’animation japonaise n’explose vraiment à l’international. Pour beaucoup de spectateurs occidentaux, cette scène a été un choc culturel. Elle prouvait que l’animation, ça pouvait aussi être adulte, violent, politique et stylé.
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