“Il se sentait trop bon pour la télévision” : après l’échec de sa carrière au cinéma, cet acteur culte est retourné sur le petit écran
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Encouragé par la notoriété apportée par la série NYPD Blues et s'estimant trop à l'étroit dans l'univers des séries TV, David Caruso tenta de tenir au milieu des années 90 le haut de l'affiche au cinéma. Mais l'acteur s'y est cassé les dents..

Dire que la frontière entre le petit monde du cinéma et les séries TV est poreuse relève de l'évidence. On ne compte plus les talents, hommes et femmes, à pratiquer avec une grande aisance la navette, au gré des propositions artistiques qui leurs sont offertes. Des exemples récents ? Pedro Pascal, Zendaya, Amanda Seyfried...

Certains acteurs ont aussi, dans le passé, migré de la télévision vers le cinéma, pour ne jamais y revenir, voyant leurs carrières respectives s'épanouir sur grand écran : ce fut le cas de Bruce Willis par exemple, Will Smith ou George Clooney.

Mais tous, loin s'en faut, n'ont pas eu la chance de faire cette transition avec un succès à la clé. Celle-ci peut être très casse-gueule. Il suffit, parfois, d'essuyer un peu trop d'échecs au box office pour que le retour à la case départ s'impose...

C'est le cas de David Caruso, vénéré pour son rôle devenu culte d'Horatio Caine dans la série Les experts : Miami, ses éternelles lunettes de soleil vissées sur le nez. Il fut un (très bref...) temps où l'acteur figurait parmi les stars de cinéma à suivre de très près. Jusqu'à ce que la machine se détraque...

Après des petits rôles dans quelques séries (Hill Street Blues, Chips, Hooker) et films (Officier et gentleman, Rambo), David Caruso se fait véritablement remarquer en 1993, en décrochant le rôle vedette du détective John Kelly dans la formidable série NYPD Blues, aux côtés d'un certain Dennis Franz. Saluée par la critique, la série lui vaut des nominations aux Golden Globes et aux Emmy Awards.

"La vérité, c’est que Caruso se sentait trop bon pour la télévision"

Encouragé par cette gloire soudaine, mais surtout après un différend très médiatisé avec les producteurs de la série au sujet de son salaire, il quitte la série NYPD Blues en 1994 dès le 4e épisode de la seconde saison, au milieu d'une vague de publicité négative, avec l'intention de devenir une star de cinéma.

Le producteur délégué de la série, Steven Bochco, ne dira pas autre chose dans ses mémoires (via TV-Line) : "Le comportement de Caruso était, pour le dire simplement, néfaste. Il était émotionnellement indisponible pour tout le monde, et il était instable, de mauvaise humeur ou maussade, selon les jours. La plupart des gens ont du mal à fonctionner dans un environnement dysfonctionnel, mais Caruso adorait ça, car c'était lui la source de tout ce mécontentement, et cela lui donnait un sentiment de puissance".

Qui enchaîne : "Il ne me l’a jamais dit ouvertement, mais la vérité, c’est que Caruso se sentait trop bon pour la télévision. Il voulait devenir une star de cinéma. Et son plan consistait à se mettre à dos les scénaristes, les producteurs et ses partenaires de la série, dans l’espoir qu’on le vire de la série".

David Caruso et Dennis Franz dans ABC
David Caruso et Dennis Franz dans "NYPD Blues".

Parmi les petites douceurs désormais exigées par Caruso, un salaire passé de 40.000 à 100.000 $ par épisode, "deux suites d’hôtel à New York lorsque la production s’y rendait pour le tournage, ainsi qu’une douzaine de billets d’avion en première classe… et un dispositif de sécurité supplémentaire pour le protéger de son public admiratif" poursuit Bochco.

Un an après, David Caruso devient l'une des têtes d'affiche du solide polar de Barbet Schroeder, Kiss of Death, où il donne la réplique à Nicolas Cage et Samuel L. Jackson. Le titre du film a malheureusement résonné comme une funeste prémonition. Il s'est fait laminé dans les grandes largeurs au box office international, incapable de ramasser 15 millions de dollars. Une gifle ayant la vigueur d'un uppercut.

David Caruso face à Linda Fiorantino dans Paramount Pictures
David Caruso face à Linda Fiorantino dans "Jade".

Qu'à cela ne tienne, il comptait sur un autre film, sorti la même année et mis en scène par William Friedkin, pour se remettre en selle : le thriller érotique Jade, où il avait pour partenaire une sulfureuse Linda Fiorentino. Une tentative ratée surtout, appartenant à cette vague de thrillers érotiques qui tentaient de surfer sur le succès de Basic Instinct sorti trois ans plus tôt.

Pour ce film, David Caruso avait touché un cachet de 2 millions de dollars. Soit au final la moitié de ce que rapporta le film à son démarrage sur le sol américain, pour terminer sa course encastré dans le mur du box office international avec moins de 10 millions de dollars au compteur...

Enchaînant les échecs dans les années suivantes, il retombe peu à peu dans l'anonymat avec une traversée du désert artistique. Sa bouée de sauvetage -ou son salut artistique- n'arrivera qu'en 2002 avec la série les Experts : Miami, pour laquelle il tournera dix saisons et quelques 232 épisodes, diffusés jusqu'en 2012. Et depuis ? Plus rien...

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