Prématurément décédé à l'âge de 63 ans en 1987, Lee Marvin fut un fabuleux acteur, dont les compositions à l'écran ont durablement imprimé la mémoire rétinienne des amoureux du 7e Art. Si sa filmographie comporte une poignée de scories, elle reste quand même extraordinaire : L'homme qui tua Liberty Valance, Cat Ballou, A bout portant; Les 12 salopards, Le Point de non retour, classique absolu de John Boorman qui a redéfini les codes du Thriller...
"Il en avait bavé à la guerre, et cela le tourmentait, tout le temps"
C'est sur le tournage de ce film que l'actrice Angie Dickinson, qui lui donne la réplique, aura ce commentaire à propos de l'acteur, gardant un souvenir contrasté de lui : "Lee était un homme difficile à cerner. Il en avait bavé à la guerre, et cela le tourmentait. Tout le temps. Il avait toujours cet air sombre, silencieux. Il était distant. Il avait aussi de gros problèmes avec l'alcool. Et c'est souvent comme ça que les alcooliques se tiennent : en retrait, derrière le mur".
Une addiction à la boisson qui finira par le détruire : sur le tournage du film L'homme du clan, en 1974, il passait ses journées à boire aux côtés de son frère d'infortune, Richard Burton. Tous les deux seront hospitalisés en raison de leur alcoolémie; Burton manquant même de mourir, tournant à trois bouteilles de vodka par jour sur le tournage...
Une blessure jamais refermée
Lee Marvin était effectivement hanté par son expérience de la guerre. Il fut en effet un sniper dans l'armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale, enrôlé en 1943. Envoyé sur le théâtre des opérations dans le Pacifique, il fut très grièvement blessé à la terrible bataille de Saipan, dans les Îles Marianne. Le pourcentage élevé de pertes subies au cours de la bataille fut tel qu'il a influencé la planification américaine pour les assauts futurs, y compris l'invasion projetée du Japon. Touché au nerf sciatique, Lee Marvin restera immobilisé pendant un an... Ce trauma né de ses années de guerre a façonné chez l'acteur une personnalité violente et imprévisible.
Un aperçu de ce trait de caractère est donné dans une intéressante biographie consacrée à l'acteur et publiée en novembre 2025, Lee Marvin : personne ne connait mon nom, parue aux éditions Capricci.
American Broadcasting Company (ABC)
"Tourner un film avec Lee voulait dire combattre"
En 1968, l'acteur tournera face à Toshiro Mifune - un homme qu'il admire profondément- devant la caméra de John Boorman dans un classique du film de guerre, Duel dans le Pacifique. L'histoire, très simple au demeurant, de deux hommes, un américain et japonais, tous deux échoués sur une île déserte durant la guerre et contraints de cohabiter pour survivre... ou pas. De quoi raviver des feux mal éteints chez l'acteur ? D'autant que le tournage doit se dérouler dans les îles Palaos, situées entre la Nouvelle-Guinée et les Philippines...
"Tourner un film avec Lee voulait dire combattre" écrira Boorman par la suite. "Vous partiez en guerre. Il était de votre côté, mais vous étiez susceptible de vous faire massacrer par un ex-ami si jamais il détectait quelque chose de faux ou de superficiel dans votre travail. Ce qui l’intéressait, c’était les limites affectives comme physiques. Il s’agissait de les exploiter, de les dépasser".
Et de livrer cette autre anecdote : "quand Toshiro Mifune propose à Lee Marvin d’aller déposer des couronnes de fleurs à Peleliu, en guise d’apaisement, voire même de réconciliation, Marvin accepte en serrant les dents. Il n’est pas à l’aise" écrit Christophe Leclerc, l'auteur du livre. "Il était psychologiquement difficile pour lui d’accomplir ce geste" ajoute Boorman. "Pour Mifune, c’était un rite sacré, destiné à réparer l’outrage fait à ses compatriotes laissés sans sépulture. Lee pensait qu’avec ce geste, il avait trahi ses camarades tombés au combat".
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