Bilan 2010-2019 : Disney et Marvel superstars, les effets spéciaux en force

Alors que la décennie 2010-2019 s'achève, retour sur trois des marqueurs principaux de cette période : le règne de Disney sur Hollywood, le sacre de Marvel et les nouvelles formes de création permises par les effets spéciaux.

The Walt Disney Company

En 2010, Disney sort tout juste d’une décennie compliquée. Exceptés l'infatigable moteur Pixar et le vaisseau amiral Pirates des Caraïbes, le succès n’est pas toujours au rendez-vous à partir de 2000, notamment du côté des Walt Disney Studios, dont les artistes peinent à assimiler les nouvelles techniques d'animation par ordinateur (déjà parfaitement maîtrisée par les concurrents de chez Dreamworks). Mais peu à peu, la digestion de ce nouvel outil finit par se faire. L’alchimie entre magie traditionnelle et CGI opère. La plus célèbre souris du monde parvient à dompter celle de l’ordinateur. Et à l’aube des années 2010, Disney a retrouvé son identité égarée.

La décennie qui suit – et qui s’apprête à s’achever – s’impose donc comme l'inverse de la précédente. La production audiovisuelle de la Walt Disney Company ne cesse d’y battre ses propres records, enregistrant par exemple 7,6 milliards en 2016, 6,8 milliards en 2018, et dépassant même cette semaine (pour la première fois dans l'histoire) le chiffre de 10 milliards de dollars récoltés en un an, alors même que La Reine des neiges 2 est toujours en cours d'exploitation et que Star Wars : L'Ascension de Skywalker n'est pas encore sorti.

Walt Disney Animation Studios

Ces triomphes successifs au box-office s'expliquent, tout d'abord, par un nouvel âge d'or du côté de l'animation Disney. Alors que Pixar poursuit sa jolie carrière en sortant notamment les 4 plus grands succès de son histoire (Toy Story 3, Le Monde de DoryLes Indestructibles 2 et Toy Story 4), les Walt Disney Animation Studios reprennent du poil de la bête. Après de longues années à tâtonner, ils posent dès 2010 le premier jalon d’un nouvel âge d’or avec Raiponce. Un retour aux chansons, aux contes de fées et au succès, bientôt suivi par les deux plus grands succès du studio : La Reine des neiges et Zootopie.

Mais l’animation ne représente finalement qu’une petite partie du règne Disney sur les années 2010. Du côté des films en prises de vues réelles, on peut ainsi noter une nouvelle tendance, qui voit le jour dès le début de la décennie avec Alice au pays des merveilles et qui se prolonge depuis : offrir des remakes en prises de vues réelles aux grands classiques animés du studio. Une idée qui permet à Disney de franchir la barre du milliard de dollars à 4 reprises (à condition de ne pas compter la nouvelle version du Roi Lion et son 1,65 milliard comme un film d’animation).

Walt Disney Animation Studios

Mais en-dehors de ses frontières "enchantées", Mickey conquiert également de nouveaux territoires. En rachetant Marvel Studios et Lucasfilm, la Walt Disney Company s’offre ainsi un quasi-monopole sur les films de super-héros, et 5 nouveaux voyages dans la galaxie lointaine, très lointaine de Star Wars. Sans compter la récente acquisition de la 20th Century Fox, et les multitudes de franchises (Avatar en tête) qu’il convient désormais de considérer comme des parcelles du royaume enchanté. 

Pour résumer tout ça avec un chiffre très simple, rappelons qu’aujourd’hui, sur les 15 plus grands succès de l’histoire du cinéma, 9 ont été produits par Disney dans les années 2010. Désormais reine incontestée d’Hollywood, la firme de Mickey a déjà amorcé sa nouvelle conquête : le marché du streaming, avec le récent lancement de Disney+.

MARVEL ET SON ORCHESTRE

Une plateforme sur laquelle la firme offrira une place de choix à son autre poule aux œufs d'or, celle qui lui a permis d'établir le modèle des blockbusters des années 2010, et de s'installer sur le toit du box-office mondial : le Marvel Cinematic Universe. Lancé en 2008 avec Iron Man et L'Incroyable Hulk, il n'est pas encore ce mastodonte inarrêtable (pas plus qu'il n'appartient à Disney) lorsque commence une décennie qu'il entame avec un faux-pas : la suite des aventures de Tony Stark, tournée à la va-vite alors que le scénario n'était pas achevé, grandement réécrite au montage et davantage focalisée sur l'après que sur ce qu'elle est censée raconter. Malgré quelques qualités et une volonté de s'ouvrir à l'heroic fantasy et de renouer avec le film d'aventures à l'ancienne, Thor et Captain America ne sont pas totalement convaincants non plus, et la viabilité du projet chapeauté par Kevin Feige reste floue.

Mais tout change en 2012 : alors que la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan s'apprête à tirer sa révérence, les rapports de force s'inversent grâce à Avengers. Écrit et réalisé par Joss Whedon, le long métrage doit réunir six super-héros sur un même écran, ce qui suscite autant d'enthousiasme que de craintes que l'ensemble soit déséquilibré. Le papa de Buffy réussit pourtant cette mission que l'on croyait impossible et le public est au rendez-vous : 207,4 millions de dollars pour son premier week-end (meilleur démarrage américain de tous les temps jusqu'à l'arrivée de Jurassic World) et un total mondial s'élevant à 1,519 milliard de billets verts. Soit le plus gros succès de l'année devant Skyfall et… The Dark Knight Rises.

The Walt Disney Company France

A l'heure où s'achève une trilogie sombre et réaliste, née dans les cendres des attentats du 11-Septembre, Marvel, devenu propriété de Disney, s'impose avec une vision plus légère et colorée des super-héros, qui deviendra le modèle à suivre. Tout comme sa méthode de production. Alors qu'Harry Potter avait lancé la vague des adaptations de romans pour jeunes adultes au cours de la décennie précédente, le MCU donne aux autres studios des envies d'univers interconnectés, où films principaux et spin-offs se succèdent au sein d'un même monde ultra-référencé dont il vaut mieux ne manquer aucun élément sous peine de ne pas saisir toute la globalité de l'intrigue. Inspirée des comic books, où Spider-Man et Captain America peuvent s'illustrer en solo avant de prêter main forte aux Avengers, cette méthode trouve son rythme de croisière pendant la Phase II (2013 - 2015). Non sans quelques heurts.

Grâce au succès d'Avengers, Marvel a entériné son projet et trouvé sa formule, où humour et action se mêlent autour de références aux films passés et à venir. Et si l'on ne change pas une équipe qui gagne, il en va de même pour ce schéma : l'audace de Shane Black, qui a fait du Mandarin un bouffon dans Iron Man 3, ayant divisé les fans, le studio joue alors la carte de la sécurité, quitte à se brouiller avec Edgar Wright, qui claque la porte après avoir planché pendant huit ans sur Ant-Man. Une péripétie qui ternit son image auprès des cinéphiles mais n'entrave en rien sa marche en avant, appuyée par le succès des Gardiens de la Galaxie, film qui prouve que la marque Marvel, soutenue par un marketing rôdé, est désormais capable d'attirer les spectateurs dans les salles sur son seul nom, comme un Tom Cruise ou un Arnold Schwarzenegger jadis.

Zuma Press / Bestimage

Si Avengers 2 termine sa course au box-office en-deça des espérances, la Phase III (2016 - 2019) ne fait qu'enfoncer le clou, en dépassant régulièrement la barre du milliard de dollars de recettes et en s'ouvrant à davantage de diversité (Black Panther, Captain Marvel), pendant que ses concurrents sont à la peine. Obsédée par les à-priori du public et le fait de rattraper Marvel, la Warner se précipite et échoue à développer une version plus sombre et stylisée, et dotée d'un propos fort sur la place des super-héros dans le monde actuel, avec le catalogue DC, tandis que Sony se voit contraint de partager les droits de Spider-Man avec Disney, faute d'avoir réussi à les exploiter convenablement. Sans parler de la saga Fast & Furious, qui se décline en spin-off depuis 2019, année au cours de laquelle Marvel devient, pour de bon, le roi du monde.

Conclusion de la Phase III et de l'arc narratif mis en place depuis 2008 (même si Spider-Man Far From Home fera finalement office d'épilogue quelques mois plus tard), Avengers Endgame fait tomber les records les uns après les autres : meilleur démarrage américain de tous les temps, film le plus rapide à franchir la barre du milliard de dollars de recettes, plus gros succès pour un film de super-héros en France et, surtout, nouveau champion du box-office mondial devant Avatar. Alors que son modèle s'apprête à naviguer entre petit et grand écran, ou que des débats sur son aspect cinématographique ont depuis vu le jour, force est de constater que Marvel a redéfini la façon de faire et penser les blockbusters au cours de cette décennie. Quitte à donner naissance aux produits d'un studio plus qu'à l'œuvre d'un auteur, ce qu'illustre finalement bien la façon dont il a pris la mesure sur l'opus de James Cameron, qui avait lui aussi terminé la décennie précédente au sommet, tout en ouvrant sur la suivante avec sa révoluton des effets spéciaux.

Avengers: Endgame
Avengers: Endgame
De Joe Russo, Anthony Russo
Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo
Sortie le 24 avril 2019
Presse
3,2
Spectateurs
4,2
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UNE DECENNIE AU SERVICE DES EFFETS SPECIAUX

Car 2009 s'était terminée avec Avatar qui apportait une expérience nouvelle pour toute une génération : le retour de la 3D en salle. Le succès du film de James Cameron lancera une nouvelle mode pour les blockbusters, qui opteront pour la conversion de certains films a posteriori ou -plus rarement- pour de véritables tournages en 3D. Mais les spectateurs se lasseront vite de l'augmentation du prix du ticket, de la qualité relative des lunettes disponibles dans les salles et de l'assombrissement de l'écran qu'elles occasionnent, et la mode retombe dès 2016.

Cependant, le réalisme atteint par Cameron pour représenter le monde fictif de Pandora ouvre une nouvelle voie aux films en "tout numérique". Les films Marvel et plus tard les "Disney Live" bluffants comme Le Roi Lion opteront pour des mondes entièrement ou en grande partie fait de numériques. L'avancée de la technologie durant la décennie voit aussi les films situés dans l'espace se multiplier, de First Man à Seul sur Mars en passant par GravityPrometheus, InterstellarAd Astra ou le retour de Star Wars.

Walt Disney Pictures

Enfin, après les expérimentations X-Men 3 ou Benjamin Button, les accomplissements permis par le numérique laissent les studios explorer le rajeunissement des acteurs avec parcimonie (Terminator Renaissance, Ant-Man, Blade Runner 2049, Captain America : Civil War) voire pour des films entiers (Samuel L. Jackson dans Captain Marvel, les acteurs de The IrishmanWill Smith dans Gemini Man). La technologie est poussée à la frontière de l'éthique puisqu'on voit des acteurs décédés refaire surface tels Peter Cushing (Rogue One) ou Paul Walker dans Fast & Furious 7. Tout récemment, un studio a annoncé le retour de James Dean !

Reste à savoir ce que nous réservera la décennie 2020-2030 en matière d'évolution visuelle mais une chose est certaine : la décennie écoulée fut déterminante dans l'évolution des effets numériques et promet encore quelques prouesses inattendues dans les années à venir.

Découvrez la saga Harry Potter sans la magie des effets spéciaux :

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