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    Amélie Poulain, Intouchables, L'As des as... 7 grandes batailles de la critique
    Par La Rédaction — 30 sept. 2020 à 14:30

    "Amélie Poulain", "Intouchables", "L'As des as"... Saviez-vous que la sortie de ces films avaient été marquée par des coups d'éclat de la part de la critique ? Retour sur 7 d'entre eux. Dossier écrit par Bruno Carmelo, initialement paru en 2012.

    UFD
    Serge Kaganski vs. "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" (2001)

    Rappel des faits - 2001 : Alors que Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain connait un succès incroyable en France (près de huit millions d’entrées) et que le film est très bien reçu à l’étranger, le critique Serge Kaganski exprime toute sa colère envers une œuvre qu’il juge réactionnaire voire proche des idées de l’ancien président du Front National, Jean-Marie Le Pen :

    "Jeunet se contente de filmer le peuple à ras de cliché, parce que c'est joli, rigolo, sympa et pittoresque. Avant d'être un film populaire, Amélie Poulain est surtout un grand film populiste. C'est tellement vrai et frappé du sceau de l'évidence que ça n'a pas échappé à nos hommes politiques de tous bords, surtout aux deux futurs candidats présidentiels qui n'ont pas loupé l'occasion de s'accrocher aux branches du succès du film. (…) Si le démagogue de La Trinité-sur-Mer [Jean-Marie Le Pen] cherchait un clip pour illustrer ses discours, promouvoir sa vision du peuple et son idée de la France, il me semble qu'Amélie Poulain serait le candidat idéal." (extrait de "Amélie, pas jolie", Libération, par Serge Kaganski)

    Et après ? Le débat a fait couler beaucoup d’encre. Suite aux centaines de réactions virulentes des spectateurs et lecteurs de la revue, le critique est revenu sur la mention à Jean-Marie Le Pen, sans toutefois modifier le fond de sa pensée : "Si c'était à refaire, le ton serait moins virulent, et j'ôterais le dernier paragraphe : la référence à Le Pen était sans doute une grosse bourde, d'abord parce qu'elle a refait parler d'un homme politique oublié, puis parce que cette phrase a été le chiffon brun sur lequel beaucoup ont foncé, occultant plus ou moins le reste du texte. Mais quand au fond, je ne change pas une virgule de mon analyse et je maintiens mes considérations esthétique, éthique et idéologique sur le film." (extrait Comment je me suis disputé à propos d'Amélie Poulain' (ma vie textuelle)Les Inrocks, par Serge Kaganski)

    Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain
    Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain
    2h 00min
    De Jean-Pierre Jeunet
    Avec Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Rufus, Isabelle Nanty, Jamel Debbouze
    Presse
    4,3
    Spectateurs
    3,9
    Streaming

    Merci Qui? N°78 - "Amélie Poulain"

     

    Variety et Libération vs. "Intouchables" (2011)

    Rappel des faits - 2011 : Troisième plus gros succès "all time" en France, juste derrière Titanic et Bienvenue chez les Ch'tis, Intouchables a fédéré en 2011 plus de 18,7 millions de spectateurs. Contre l’unanimité (ou presque : voir notre revue de presse) des critiques et des spectateurs, quelques médias se sont toutefois démarqués (voir ici) en France et aux États-Unis par leurs réactions virulentes : "Bien qu'ils ne soient pas connus pour leur subtilité, les co-réalisateurs et co-scénaristes Eric Toledano et Olivier Nakache n'ont jamais produit un film aussi choquant que "Intouchables", qui met en avant un racisme digne de l'Oncle Tom qui a, on l'espère, définitivement disparu des écrans américains […] Driss est traité comme un singe (avec toutes les connotations racistes qui vont avec ce terme) se donnant en spectacle, apprenant au gars blanc coincé comment se laisser aller, en remplaçant Vivaldi par Boogie Wonderland [...]". L'article évoque ainsi "un rôle qui n'est pas bien loin du cliché de l'esclave d'antan, qui amuse son maître tout en représentant tous les stéréotypes de classe et de race… […] Intouchables pourrait séduire un public qui ne réfléchit pas trop, le tout dans une atmosphère détestable." Jay Weissberg, Variety

    "Osons cependant que le succès du film est le fruit d’un conte de fées cauchemardesque : bienvenue dans un monde sans. Sans conflits sociaux, sans effet de groupe, sans modernité, sans crise. A ce titre, en cet automne, il est LE film de la crise, comme si la paralysie d’un des deux personnages principaux n’était pas seulement celle du film, mais celle d’un pays immobilisé et de citoyens impotents à qui il ne resterait plus que leurs beaux yeux pour rire et pleurer. Le beau et plat pays des Bisounours raconté par un film terriblement gentil. […] On rit, on pleure, que demander de plus ? Plus, toujours plus, justement. La dictature de l’émotion comme cache-misère de l’absence totale de pensée." Gérard Lefort, Didier Péron et Bruno Icher, Libération

    Et après ? Découvrez notre reportage sur le phénomène Intouchables

     

    La critique vs. "L'As des As" (1982)

    Rappel des faits - 1982 : Deux films français sortent la même semaine en salles : L'As des As, réalisé par Gérard Oury avec Jean-Paul Belmondo en vedette, et Une chambre en ville, réalisé par Jacques Demy. Alors que le premier devient un énorme succès populaire, cumulant 463 000 entrées la première semaine d'exploitation et devenant ensuite le deuxième plus grand succès français à l’époque, avec 5,5 millions d’entrées, le second connaît un échec cuisant, se plaçant quatorzième au box-office lors de sa sortie, avec seulement 20 000 spectateurs pour sa première semaine en salles.

    Le critique de cinéma Gérard Lefort déclenche alors une polémique avec l’article « Pour Demy » publié dans Libération, dans lequel il attribue la responsabilité de l’échec d’Une chambre en ville au succès de L'As des As, qui aurait monopolisé l'attention du public. Gérard Vaugeois encourage ensuite 23 autres critiques à rejoindre la cause, en publiant sur Télérama la lettre commune « Pourquoi nous louons Une chambre en ville », sorte de manifeste dénonçant le « détournement de spectateurs » et « l’écrasement informatif et publicitaire des films préconçus pour le succès ».

    Jean-Paul Belmondo réagit aussitôt avec un texte intitulé « Lettre ouverte aux coupeurs de tête » : "Gérard Oury doit-il rougir de honte d’avoir "préconçu son film pour le succès" ? Jacques Demy a-t-il préconçu le sien pour l’échec ? Lorsqu’en 1974 j’ai produit Stavisky d’Alain Resnais et que le film n’a fait que 375 000 entrées, je n’ai pas pleurniché en accusant James Bond de m’avoir volé mes spectateurs. […] Oublions donc cette agitation stérile et gardons seulement en mémoire cette phrase de Bernanos : "Attention, les ratés ne vous rateront pas !"."

    Et après ? Mis à part une lettre discrète et embarrassée de Jacques Demy dans les colonnes du Monde pour remercier les critiques, aucun des deux metteurs en scène ne donna suite à la polémique. 

    L'As des As
    L'As des As
    1h 40min
    De Gérard Oury
    Avec Jean-Paul Belmondo, Marie-France Pisier, Rachid Ferrache, Frank Hoffmann, Günter Meisner
    Spectateurs
    3,2
    louer ou acheter

    Une chambre en ville
    Une chambre en ville
    1h 32min
    De Jacques Demy
    Avec Dominique Sanda, Richard Berry, Michel Piccoli, Danielle Darrieux, Fabienne Guyon
    Spectateurs
    3,5
    Voir sur Netflix

    La critique vs. "La grande bouffe" (1973)

    Rappel des faits - 1973 : La France est représentée au Festival de Cannes par deux films on ne peut plus polémiques : La Grande bouffe, réalisé par Marco Ferreri, dans lequel un groupe de personnes s’enferme dans une maison pour commettre un "suicide gastronomique", et La Maman et la Putain, sur le désir et l'infidélité, réalisé par Jean Eustache.

    La critique française s’inquiète alors de la production nationale, notamment à cause de La Grande bouffe, qui suscite une réaction générale habilement rapportée par un reporter du JT du soir : "Voici quelques qualificatifs que j’ai relevés dans une seule dépêche à propos du film La Grande Bouffe de Marco Ferreri, présenté par la France : ubuesque, rabelaisien, nihiliste, scatologique, pornographique, trivial, insoutenable et cruel. Ça devrait être un gros succès commercial".

    Le journal d'extrême droite Minute décrit les auteurs du film comme "des terroristes de la culture", Le Figaro parle d’un "Oscar mondial de la vulgarité", L’Humanité critique "la minceur du propos", Europe 1 affirme que "le Festival a connu sa journée la plus dégradante et la France sa plus sinistre humiliation", Télérama dénonce un film "obscène et scatologique, d’une complaisance à faire vomir", et Paris Match exprime sa "honte pour [son] pays, la France, qui a accepté d'envoyer cette chose à Cannes afin de représenter [ses] couleurs".

    Et après ? Ingrid Bergman, présidente du jury, se dira elle aussi indignée que "la France ait cru bon de se faire représenter par les deux films les plus sordides et les plus vulgaires du festival". La Maman et la Putain sort néanmoins couronné par un Grand Prix Spécial (que Bergman aurait été "forcée" d’attribuer, d’après ses mots), et La Grande bouffe obtient le Prix de la Critique Internationale.

    La Grande bouffe
    La Grande bouffe
    2h 05min
    De Marco Ferreri
    Avec Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Michel Piccoli, Philippe Noiret, Andréa Ferréol
    Presse
    5,0
    Spectateurs
    3,4
    louer ou acheter

     

    La presse US vs. "The Tree of Life" (2011)

    Rappel des faits - 2011 : Lors de sa projection au festival de Cannes, The Tree of Life, réalisé par Terrence Malick, a été accueilli très chaleureusement par la grande majorité de la presse. Pourtant, lorsque le film a reçu la Palme d’Or, quelques irréductibles se sont insurgés. Et pour se faire entendre, certains critiques ont décidé de crier plus fort que tous les admirateurs du film…

    A noter que les critiques français ont été beaucoup plus cléments avec le film (voir la revue de presse) que les Américains (voir ici, en anglais), de sorte que la majeure partie de la polémique se trouve de l’autre côté de l’Atlantique :

    "C’est quelque chose de très intime enveloppé dans l’emballage le plus grandiose et pompeux possible. C’est comme les romans de James Michener, dans lequel un feuilleton quelconque est entouré de 300 pages d’errata historiques qui remontent presque à l’amibe dont descendent les protagonistes. Sauf que Malick – loué soit-il – dépeint en effet l’amibe." Dennis Harvey, San Francisco Bay Guardian

    "The Tree of Life est comme une plaidoirie pseudo-métaphysique sur fond de Berlioz. Ne laissez pas les dinosaures vous tromper. Le dernier Malick est un économiseur d’écran, une carte postale de Hallmark, un test de Rorschach vaste seulement par son indétermination, comme un maître Zen dont on est persuadé qu'il a tout dit quand il n'a rien dit." Sam Wasson, LA Weekly

    "C’est comme regarder un magicien faire le même tour en boucle pendant 138 minutes. Même si le tour est surprenant, quand il est répété sans cesse, il perd de son intérêt." Matt Singer, IFC 

    The Tree of Life
    The Tree of Life
    2h 18min
    De Terrence Malick
    Avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn, Hunter McCracken, Joanna Going
    Presse
    3,5
    Spectateurs
    2,8
    louer ou acheter

    Roger Ebert vs. "The Brown Bunny" (2003)

    Rappel des faits - 2003 : Le réalisateur Vincent Gallo présente au Festival de Cannes le long métrage Brown Bunny et déclenche la polémique avec une scène de fellation non-simulée entre Gallo, également acteur du film, et l’actrice Chloë Sevigny. Le film est hué pendant la projection, des centaines de personnes se lèvent et partent avant la fin, dont le très influent critique américain Roger Ebert (du Chicago Sun-Times), qui déclare aux journalistes à la sortie de la salle qu’il s’agit du pire film qu’il ait vu jusqu'alors :

    "Imaginez 90 minutes ennuyeuses d’un homme qui conduit [...]. Imaginez de longues prises à travers les vitres de la voiture, au fur et à mesure que des insectes s’y écrasent. Imaginez non pas une mais deux scènes dans lesquelles il s’arrête pour acheter de l’essence. […] Imaginez un film si incroyablement chiant qu'au moment où le personnage sort de son van pour changer de chemise, il y a eu des applaudissements dans la salle."

    Par voie de presse, Gallo traite Ebert de "connard obèse", ce à quoi Ebert répond que lui pourra maigrir, mais que Gallo sera toujours le réalisateur de Brown Bunny. Le critique américain publie par la suite un texte dans lequel il explique que "[sa] coloscopie a été plus amusante que [le] film". Gallo réplique alors une nouvelle fois, lui promettant un cancer du colon – lequel est d'ailleurs diagnostiqué à Ebert quelques semaines plus tard...

    Et après ? Lorsque le film sort en salles, 30 des 120 minutes de la version présentée à Cannes ont été coupées au montage par Vincent Gallo. Roger Ebert publie alors une nouvelle critique, cette fois-ci très élogieuse.

    Brown Bunny
    Brown Bunny
    1h 30min
    De Vincent Gallo
    Avec Vincent Gallo, Chloë Sevigny, Cheryl Tiegs, Elizabeth Blake, Anna Vareschi
    Presse
    3,8
    Spectateurs
    2,8
    louer ou acheter

     

    La critique vs. "Sous le soleil de Satan" (1987)

    Rappel des faits - 1987 : Le Festival de Cannes compte parmi sa sélection de futurs classiques du cinéma comme Les Ailes du désir de Wim Wenders, Les Yeux noirs de Nikita Mikhalkov et Le Ventre de l'architecte de Peter Greenaway. La France présente quant à elle Sous le soleil de Satan, film polémique réalisé par Maurice Pialat. Au lendemain de la projection du film, les critiques sont désastreuses : l’œuvre est considérée comme académique, prétentieuse, et même "[la] pire film du festival".

    Gérard Depardieu va jusqu'à demander à l’attaché de presse de retirer le film de la compétition, tandis que Pialat réclame à son producteur l'envoi d'une lettre à la direction du festival pour dénoncer "la pourriture du système". Alors que Les Yeux noirs était donné favori pour la récompense, le cinéaste russe Elem Klimov, membre du jury, menace : "Si cette ordure, ce salopard de Mikhalkov est récompensé, je me retire du jury et ferai connaître ma décision avec éclat".

    Finalement, lors de la cérémonie de remise de prix, c’est Sous le soleil de Satan qui remporte la Palme d’Or, à l’unanimité. Le prix est attribué sous les huées violentes du public présent à la cérémonie. Pialat, cynique, répond à la foule, le poing levé : "Je ne vais pas faillir à ma réputation : je suis surtout content ce soir pour tous les cris et les sifflets que vous m'adressez. Et si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus."

    Sous le soleil de Satan
    Sous le soleil de Satan
    1h 43min
    De Maurice Pialat
    Avec Gérard Depardieu, Sandrine Bonnaire, Alain Artur, Yann Dedet, Maurice Pialat
    Spectateurs
    2,8
    Voir sur Prime Video

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    Commentaires
    • Blasi B
      d'ailleurs cette scène, pour l'avoir vue également lorsque j'étais jeune et curieux, et l'avoir revue récemment par curiosité, bah en fait je suis de plus en plus persuadé que le mec avait une prothèse et qu'ils n'ont jamais rien dit pour faire le buzz et qu'on parle de leur film...il baisse pas son froc , il arrête pas de la tenir, et on voit jamais entièrement le paquet... je pense que c'est du fake :) et y'aurais claire denis qui aurait d'ailleurs apparemment reconnue cette prothèse pénienne :) non pas que ce soit important... le film ne me parle pas plus que ça...
    • andiran23
      Bon film c'est subjectif, c'est l'objet du débat, justement :PJ'ai vu Amélie Poulain et Intouchables, je trouve le premier exceptionnel et le deuxième très bon. Sinon quand j'étais gosse j'ai vu L'as des as, je crois que c'était très sympa mais ça m'a pas marqué, pas revu depuis. Le reste, pas vu. Sauf la fameuse scène de The brown bunny, parce que j'étais jeune et curieux 🤣
    • Gcm B.
      Totalement d'accord avec les critiques sur Tree of life
    • Blasi B
      sinon... les films cités sont bien? j'ai vue que amélie poulain, intouchable et tree of life (d'ailleurs je suis plutôt d'accord avec les critiques sur ce film la)
    • Might Guy
      Bon après, je ne vais pas jouer l'hypocrite. Je lis certaines critiques sur les films susceptibles de m'intéresser, tout en gardant intact mon libre arbitre. Ça n'est que du cinéma et c'est déjà suffisant. La critique pour générer un débat, ça sort de son domaine de compétence.
    • PoD.
      Oh si ! Mais bon je présume que dans leur métier le seul moyen de se dintinguer est souvent d’être le plus provoquant et ordurier possible. La mauvaise critique est plus plaisante et plus facile à lire et à écrire.
    • PoD.
      C’est fou comme des gens qui se prétendent critique professionnel atteignent rapidement le point Godwin ,la provocation sans arguments très clair ni très construit . Et une médisance digne d’un concierge qui joue au troll sur le net. Mais bon, comme disait sagement Oscar Wild: « la diversité d’opinions sur une œuvre montre que cet œuvre est nouvelle, viable et vivante ».
    • Might Guy
      Les critiques ciné me provoquent des tics au niveau des épaules. Selon des mouvements de haut en bas. Accompagnés de ricanement. Pas vous?
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