"L'épreuve du feu", titre qui sonne comme un film d'action. Mais non, Aurélien Peyre livre un portrait de jeunesse à travers des vacances sur l'île de Noirmoutier. Hugo est un ancien obèse, devenu après efforts un beau gosse, qui manque toutefois dramatiquement de confiance en lui. Il revient sur son île d'enfance en compagnie de Queen, une esthéticienne sudiste aux airs de cagole. Sa petite amie, et surtout sa nouvelle apparence, ne passeront pas inaperçues aux yeux de la bande de "potes" d'enfance, qui n'avaient jusqu'ici jamais intégré Hugo dans son cercle.
De nombreuses thématiques très intéressantes ici, traitées avec justesse. On y voit l'évolution psychologique âpre d'un ancien "gros". Pas à l'aise avec son corps... et donc avec sa petite amie, aux formes bien calibrées. Qui découvre avec surprise qu'il peut plaire à d'autres... et qui souhaite plaire à ceux qui l'ont moqué, quitte à changer drastiquement.
Il y a donc également la relation avec cette bande de personnes toxiques, qui vont pourrir de l'intérieur notre protagoniste. Une sorte de moule infect dans lequel Hugo voudra s'insérer, sans réaliser qu'il grignote son intégrité et sa bienveillance naturelle.
Et puis le personnage de Queen, interprétée par la rayonnante Anja Verderosa (qui a un air étonnant de Zendaya !). Queen a tout de l'allumeuse superficielle, et est rapidement jugée comme telle. Mais elle a en réalité beaucoup de gentillesse, d'ouverture et de personnalité. L'ironie étant qu'elle subira des jugements parce qu'elle est différente, comme l'était Hugo auparavant.
Le film est porté par de bons jeunes acteurs. Dont Félix Lefebvre en Hugo qui évolue peu à peu... ou plutôt qui est "dressé" par la bande odieuse. On retrouve également Suzanne Jouannet, vue dans "La Voie Royale", qui parait très à l'aise en jeune femme antipathique et hautaine.
Quelques lenteurs émaillent le récit, néanmoins la réalisation d'Aurélien Peyre fait la part belle aux décors naturels et à de jolies scènes. Dont une séance photo avec la musique de "Shining" (!). Ou quelques symbolismes intéressants. Le coup du pull-over, symbole de l'adhésion au groupe, est très ostensible. Il y a d'autres moments plus subtils, dont deux scènes de nuit (américaine ?) qui se font écho, où le lever de jour constitue un pilier narratif pour l'évolution d'Hugo.
Un beau portrait, amer et naturel.