« A House of Dynamite » se veut malin, mais finit par exploser sous le poids de ses propres artifices. Bien que n’étant pas nouvelle, la structure à points de vue multiples aurait pu être intéressante, si seulement elle servait à éclairer l’intrigue plutôt qu’à la répéter. Chaque regard raconte la même scène, sans rien apporter de neuf, sinon une frustration croissante. On attend la révélation, la suite, le frisson — mais nous n’avons droit qu’à l’impatience.
Et quand enfin le film daigne conclure, il se transforme en pur navet qui s’imagine film d’auteur. Un thriller sans fin, littéralement, puisqu’il se dégonfle sur un écran noir, prétendument suggestif, mais vide de sens.
Vide, parce que le sujet n’a plus rien à raconter. Rabâché jusqu’à l’ennui, mâché et recyclé par un siècle de cinéma, il ne reste que la coquille creuse sans nouveauté d’une idée qui s’imagine encore subversive. « A House of Dynamite » n’ouvre aucune réflexion digne de ce nom, si ce n’est celles qu’on lance, verre à la main, dans un bar à minuit : la toupie tourne-t-elle encore ? La House of Dynamite "dynamite"-t-elle ? On en est là. Et sans vouloir réveiller les fantômes, même Docteur Folamour avait offert un final en rodéo nucléaire, pendant que Kubrick riait du chaos avec panache. Ici, on se contente d’une rediffusion dominicale comme si Tarkovski avait tourné un épisode de MacGyver.
Pourtant la première trame, intense et prometteuse, laissait espérer un vrai spectacles. Les suivantes deviennent de plus en plus grotesques, tirées par les cheveux, jusqu’à la caricature du président américain noir qui joue au basket avant d’être appelé aux commandes de l’apocalypse (comprend-on vraiment ?). Car en réalité on devine qu’il faudrait, par l’imagination, combler le vide laissé par un budget trop limité ? plutôt que de profiter d’un vrai dénouement à la hauteur du casting et du genre annoncé.
Car oui, le film reste pourtant très bien joué, et c’est peut-être ce qui rend l’échec plus cruel. Un film, c’est un pacte avec le spectateur. Un thriller, c’est une promesse de tension et de résolution. On peut tout oser sauf ça : finir un thriller sans fin, sans idée, sans riposte. « A House of Dynamite » ? Ce n’est ni dynamite, ni maison : tout juste l’éclair dont on n’entend jamais la déflagration. C’est une épopée cosmique sans Hans Zimmer, un Casino sans Joe Pesci, ou, plus simplement, un bon vieux navet… sans Liam Neeson. Un film qui voulait tout faire sauter, mais n’a su qu’étouffer sa propre flamme.
Passez votre chemin. Deux heures perdues.